Benjamin W., 36 ans, a comparu mercredi 22 mai devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir violemment invectivé l’académicien en marge d’un rassemblement des "gilets jaunes", au mois de février. Le parquet a requis à son encontre six mois de prison avec sursis. La décision sera rendue le 12 juillet.

Alain Finkielkraut, qui ne s'était pas constitué partie civile, est cependant venu témoigner devant la 17e chambre du tribunal correctionnel.
Alain Finkielkraut, qui ne s'était pas constitué partie civile, est cependant venu témoigner devant la 17e chambre du tribunal correctionnel. © AFP

À la barre, Benjamin W. affiche une mine penaude, mais ne s’excuse pas. Ce samedi 16 février, quand il tombe par hasard sur Alain Finkielkraut, boulevard du Montparnasse, en marge de la manifestation parisienne des "gilets jaunes", les insultes pleuvent. "Sale race", "espèce de sioniste", "grosse merde", "t’es un haineux et tu vas mourir", "elle est à nous la France".

La scène est filmée et ne tarde pas à tourner sur les réseaux sociaux, suscitant une vague de condamnations de la classe politique. Très vite, le principal auteur de ces injures est identifié par un policier de Mulhouse.

"Alain Finkielkraut créé la haine"

"J’ai juste voulu dire ce que je pensais. Mon opinion, quoi", tente d’expliquer le trentenaire cité à comparaître, ce mercredi 22 mai, par le parquet de Paris. Blouson kaki, lunettes et barbe rousse bien taillée, il met en partie sa virulence sur le compte de la "passion" et "l’énervement". "Avec ses positions, Alain Finkielkraut divise la France, il crée la haine, plaide-t-il. Et quand je dis qu’il va mourir, en fait on va tous mourir, un jour ou l’autre… "

Le tribunal l’interroge sur sa définition du sionisme. "C’est la politique que mène Israël envers les Palestiniens. Pour moi, les juifs en sont aussi victimes. (…). Le sionisme, c’est du racisme, et le racisme ça fait du mal à tout le monde". D’ailleurs, selon lui, les "gilets jaunes" protestent aussi contre le "lobby sioniste" qui "dirige la France".

Antisémitisme dissimulé

Présent à l’audience, accompagné de son épouse avocate, Alain Finkielkraut, lui, ne s’est pas porté partie civile. "Je ne poursuis aucune vindicte personnelle, je ne demande pas réparation", se justifie l’académicien. Il soutient néanmoins l’action engagée par le ministère public contre l’auteur de ces insultes. 

Le philosophe souligne qu’il "milite depuis 1981 pour une solution à deux États", palestinien et israélien. "Cela m’a d’ailleurs valu d’être en délicatesse avec une partie de la communauté juive". Jamais il ne se serait attendu à être attaqué de la sorte, évoquant un "mini-pogrom".

Selon lui, l’antisionisme est aujourd'hui l'un des visages de l'antisémitisme. "On veut coudre sur la poitrine des juifs non plus l'étoile jaune mais la croix gammée".

La procureure a requis à l'encontre du prévenu six mois de prison avec sursis. "Si les policiers n’avaient pas été là, cela aurait pu donner lieu à une agression physique", souligne-t-elle. "C’est au juif qu’on en voulait". 

La décision a été mise en délibéré au 12 juillet.

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