Treize personnes sont jugées à Paris pour avoir harcelé sur les réseaux sociaux - et parfois menacé de mort - Mila, jeune femme qui avait critiqué l'islam dans deux vidéos.

Le procès des harceleurs de Mila, 18 ans, se déroule depuis lundi matin devant le tribunal correctionnel de Paris.
Le procès des harceleurs de Mila, 18 ans, se déroule depuis lundi matin devant le tribunal correctionnel de Paris. © Maxppp / IP3/Alexis Sciard

Comment expliquer l'ultra-violence verbale, cette impulsion qui se transforme en message de haine sur les réseaux sociaux ? Treize personnes - dix hommes et trois femmes - comparaissaient depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir harcelé en ligne ou menacé de mort Mila, après plusieurs vidéos dans lesquelles la jeune femme, aujourd'hui âgée de 18 ans, critiquait l'Islam, en janvier et en novembre 2020.

Impeccable dans un costume sombre sur une chemise blanche, Enzo, 22 ans, est le premier des prévenus à s'expliquer devant le tribunal. En novembre dernier, à un internaute qui estime que "la différence entre Mila et Allah, c'est que Mila on sait qu'elle existe", il répond : "Plus pour longtemps". Puis un autre tweet : "Tu mérites de te faire égorger sale grosse pute."

"Pas des menaces de mort"

"Le premier message, c'était pas une menace de mort. C'était… comment dire... pour dire qu'elle risquait de se faire tuer", invoque maladroitement le jeune homme. "Si le procureur dit 'Vous êtes libre', et que je vous dis 'plus pour longtemps', vous en pensez quoi ?", rebondit le président. Réponse : "Bah… que je vais aller en prison." 

"J'ai réagi à chaud", poursuit le jeune homme. Il se définit comme "chrétien", avant de préciser : "Je suis pas non plus à fond dedans. Mais la religion ça apporte de la sérénité et du calme…" La vidéo de Mila, comprenant une critique virulente de l'islam l'a "touché", lui qui "connait beaucoup de musulmans". "Mais je ne lui aurais fait de mal", jure-t-il. Un peu plus tard, il se tourne vers Mila : 

Je te présente mes excuses, j'espère que tu pourras tourner la page et retrouver ta vie normale.

"Réaction à chaud", les mêmes mots reviennent dans la bouche d'Axel, 19 ans. "Au moment des faits, je n'avais rien, j'étais tout seul, sans emploi, sans permis, renfermé sur moi-même… la solitude a beaucoup joué", tente-t-il de justifier. "Depuis, j'ai trouvé un travail, ça va mieux. Ma vie a changé." 

Lui succède ensuite Lauren, étudiante en licence d'anglais. "J'ai pas réfléchi, j'en avais ras le bol de voir son prénom dans mon fil d'actualité…", lâche-t-elle. "Au lieu de 'Que quelqu'un lui broie le crâne', vous auriez pu lui écrire 'faites-la taire'", remarque un avocat. "J'aurais dû. Mais je ne l'ai pas fait."

"J'ai répondu à l'injure par l'injure"

Le tribunal entend ensuite Alyssa, 20 ans. Le message qui lui vaut de comparaître : "Pourquoi l'autre pute est encore en top tweet, on s'en bat les couilles de sa vie, qu'elle crève", a-t-elle posté sur Twitter en novembre. "J'ai dit 'qu'elle crève', c'est une expression que j'emploie souvent", justifie la jeune femme à la longue chevelure bouclée. "C'est pas une menace de mort. Dans la vidéo de Mila, il y avait des injures, j'ai répondu par l'injure."

"Vous étudiez la littérature, la mythologie grecque, l'histoire…. et pour vous, 'qu'elle crève' ce n'est pas menaçant ?" s'étonne le président. "Madame, vous êtes la jeunesse de ce pays, vous êtes en service civique. Comment expliquez vous que la jeunesse soit capable d'envoyer ces messages là ?" Elle répond : "Comme tout le monde, je ne suis pas parfaite, j'ai été bête sur le moment."

"Liberté d'expression"

Jordan, lui, assume davantage. "La forme était dégueulasse", reconnait ce jeune cuisinier originaire du Calvados. Mais il l'assure, ses propos relèvent de la liberté d'expression : 

Mila a touché au sacré avec vulgarité, j'ai répondu sur le même ton.

"Vous ne pensez pas que l'injure, le harcèlement, constituent une limite à la liberté d'expression ?", interroge Richard Malka, avocat de Mila. "Non", répond le prévenu sans aucune hésitation. 

Au premier, rang, bras croisés, Mila les fixe un à un de ses grands yeux bleus.