Alors que l'affaire va être classée à la suite de la mort de Jeffrey Epstein, de nouvelles accusatrices ont témoigné devant un juge fédéral ce mardi à New York. Une audience exceptionnelle qui a donné à 23 femmes l'opportunité de raconter les agressions sexuelles qu'elles déclarent avoir subies.

Deux victimes présumées de Jeffrey Epstein autour de leur avocate Gloria Allred mardi à New York devant la cour fédérale
Deux victimes présumées de Jeffrey Epstein autour de leur avocate Gloria Allred mardi à New York devant la cour fédérale © AFP / Yana Paskova

C'est une audience exceptionnelle qui s'est tenue ce mardi à New York. Le juge de Manhattan Richard Berman avait voulu donner la possibilité aux victimes qui le souhaitaient de venir témoigner à la barre, alors qu'un procès n'aura jamais lieu puisque le pédophile Jeffrey Epstein, accusé de traite d'êtres humains, a été retrouvé mort en prison le 10 août dernier. Au total, 16 femmes ont pris la parole, et le témoignage écrit de sept autres victimes présumées a été lu par leurs avocats dont Gloria Allred, célèbre avocate américaine féministe défendant les droits des femmes. 

Le juge a voulu donner une chance au parquet, aux avocats de la défense et aux avocats des victimes présumées de s'adresser à la cour une dernière fois avant que le dossier soit officiellement refermé. Les femmes se sont exprimées lors de l'audience et, devant la presse, à la sortie du tribunal.

"Ne plus être victime"

Deux de ces femmes ont vu leur carrière brisée, une troisième n'a jamais réussi à avoir de relations "normales" avec les hommes depuis les faits. Toutes ont raconté des parcours similaires : la plupart mineures au moment des faits, isolées, issues de familles modestes, elles ont été recrutées pour travailler chez Jeffrey Epstein souvent comme masseuses, avant de subir des agressions sexuelles et viols de la part du millionnaire. Et toutes ont décrit le même piège : comment Epstein a utilisé son pouvoir, sa richesse, son réseau de connaissances pour les faire taire pendant des années. Certaines avaient déjà témoigné devant la justice et dans la presse, comme Virginia Roberts Giuffre, d'autres parlaient mardi pour la première fois. Comme l'actrice Anouska De Georgiou qui affirme avoir été agressée sexuellement par le financier:

Aujourd'hui nous sommes unies. Je ne vais pas être une victime ni rester silencieuse un jour de plus

Sarah Ransome, l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein, à sa sortie de l'audience mardi à Manhattan
Sarah Ransome, l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein, à sa sortie de l'audience mardi à Manhattan © Maxppp / LOUIS LANZANO

"Esclave", "désarmée", "honteuse"

L'actrice Chauntae Davies a raconté avoir passé deux semaines à l'hôpital, à "vomir à mort", après avoir été violée, selon son témoignage, par le financier. 

"Toutes les humiliations publiques que j'ai subies, c'est moi qui ai souffert et lui qui a gagné", a-t-elle indiqué. 

Une autre femme, qui veut garder l'anonymat, a affirmé être "hantée à jamais", après avoir elle aussi subi un viol.  

"J'étais son esclave. Je me sentais désarmée et honteuse", a-t-elle déclaré.

Selon l'avocat Brad Edwards, qui représente des victimes d'Epstein depuis plus de dix ans : 

Se présenter et avoir la possibilité de participer au débat est très importante, pas seulement pour les victimes de Jeffrey Epstein, mais pour les victimes de crimes en général.

Le prince Andrew dans le collimateur

Alors que le juge fermera donc le dossier car Jeffrey Epstein est mort, le procureur a de son coté confirmé que son bureau continuait d'enquêter sur l'affaire, car Epstein est soupçonné d'avoir mis en place tout un réseau avec l'aide de proches, dont la Franco-Britannique Ghislaine Maxwell et le Français Jean-Luc Brunel. 

Une personnalité de premier plan a d'ailleurs été évoquée par Virginia Roberts Giuffre mardi : le prince Andrew, fils de la reine Elisabeth II. Il a reconnu connaître Jeffrey Epstein la semaine dernière mais dans un communiqué publié il y a quelques jours par le palais de Buckingham, il était présenté comme "consterné" par l'affaire Epstein. Pourtant, un témoignage affirme le contraire : 

Le Prince Andrew sait très bien ce qu'il a fait. 

Virginia Giuffre affirme en effet avoir été "prêtée" au Prince Andrew par Jeffrey Epstein, et avoir été forcée à avoir des relations sexuelles avec le membre de la famille royale à plusieurs reprises alors qu'elle était mineure. Voici ses déclarations à la sortie de l'audience : 

Une photo présentant Virginia Giuffre lorsqu'elle était adolescente aux cotés de Ghislaine Maxwell et du Prince Andrew est sortie dans la presse britannique ces dernières semaines, confirmant que le Prince connaissait Epstein, Maxwell et Giuffre. 

Des images vidéo montrant le Prince Andew ouvrant la porte du domicile de Jeffrey Epstein à New York en 2010 ont également été publiées récemment. Or, Epstein avait déjà été condamné en 2008 pour incitation à la prostitution. 

Epstein est "un lâche"

"Le fait que je n'aurai jamais la possibilité d'affronter mon prédateur devant la justice me ravage l'âme", a déclaré Jennifer Araoz, qui accuse Jeffrey Epstein de l'avoir violée à l'âge de 15 ans alors qu'elle étudiait les arts de la scène au lycée à New York. 

On a laissé cet homme se suicider, et on nous a ôté la possibilité de parler.

Jeffrey Epstein s'est pendu dans sa cellule le 10 août.

Une autre de ses accusatrices, Courtney Wild qui affirme avoir été violée  par Epstein à l'âge de 14 ans, a d'ailleurs affirmé : 

"Le fait de s'être suicidé fait de lui un lâche"

Les victimes qui se sont présentées mardi vont prochainement porter plainte contre la succession de Jeffrey Epstein selon Gloria Allred. Cette succession est estimée à 577, 6 millions de dollars, dont 6,5 millions en liquide, selon le dossier. Jeffrey Epstein a créé un trust deux jours avant sa mort, trust dont on ignore le ou les bénéficiaires.

► REGARDER : les déclarations à la presse de l'avocate de plusieurs victimes présumées, Gloria Allred, à la sortie du tribunal de Manhattan, mardi 27 août 2019.

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