C’est une décision inattendue, un épisode de plus dans ce feuilleton juridico-politico-sociétal à rebondissements.

Jacqueline Sauvage avec l'une de ses avocates en décembre 2015 lors de l'appel devant la cour d'assises du Loir-et-Cher
Jacqueline Sauvage avec l'une de ses avocates en décembre 2015 lors de l'appel devant la cour d'assises du Loir-et-Cher © Maxppp / EPA/Philippe RENAUD

"Épuisée de l'acharnement judiciaire à son encontre", Jacqueline Sauvage renonce à faire appel du rejet de sa demande de libération conditionnelle. Le tribunal d'application des peines  de Melun (Seine-et-Marne) avait refusé le 12 août d'accorder une libération conditionnelle à cette femme, condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari violent et devenue un symbole des violences conjugales. Une peine partiellement graciée par François Hollande en janvier dernier.

Techniquement, le parquet avait déjà fait appel de cette décision, mais si Jacqueline Sauvage renonce à sa demande, elle ne peut pas lui être accordée. Ce renoncement est une surprise, puisque le parquet était de son côté, et avait fait appel de la décision de ne pas la libérer. Mais comme la principale intéressée se désiste de sa demande, l'appel n'a plus lieu d'être.

Pourquoi ce renoncement ?

Sans doute par une sorte d'immense ras-le-bol. Malgré la grâce partielle accordée par François Hollande en janvier dernier. Malgré l'énorme élan de soutien autour de cette femme, battue et humiliée pendant 47 ans par son mari, condamnée à dix ans de réclusion criminelle pour l’avoir abattu de trois coups de fusil dans le dos.

Les juges du Tribunal d’application des peines de Melun ont estimé le 12 août dernier qu'elle n'était pas prête à sortir, notamment parce que Jacqueline Sauvage n'a pas suffisamment pris conscience de sa responsabilité dans son passage à l’acte. Cette femme de 68 ans regrette son geste, mais elle estime ne pas avoir "choisi" de tuer son mari. Elle était, expliquait-elle pendant son procès, dans une sorte d'"état second".

Or les juges attendaient d’elle une remise en cause plus profonde, "afin que la peine prononcée ait un sens". Rien d’exceptionnel ici : c'est un motif de refus courant pour une demande d’aménagement de peine. De plus, son projet de résider chez sa fille, près de son ancienne maison, n'était pas selon le tribunal "un environnement propice" à ce travail de réflexion.

Jacqueline Sauvage préfère donc pour l'instant jeter l'éponge. Elle pourra formuler une nouvelle demande de libération conditionnelle, ou attendre la fin de sa peine. Avec la grâce partielle accordée par le président de la République, c'est dans un peu moins de deux ans, en juillet 2018.

► POUR EN SAVOIR PLUS | DANS LE PRÉTOIRE : après le procès de Jacqueline Sauvage et également Procès Sauvage : dix ans et un sentiment de gâchis

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