Mardi au deuxième jour de son procès, la cour d'assises des Pyrénées-Orientales a entendu le témoignage de la première femme que Rançon a agressée. Une agression sexuelle pour laquelle il n'a jamais été condamné.

La toute première femme agressée par Jacques Rançon a témoigné
La toute première femme agressée par Jacques Rançon a témoigné © AFP / Raymond Royg

Mardi, en fin d’après midi, c’est la toute première femme agressée par Jacques Rançon qui est venue témoigner. C’était il y a 42 ans, dans la Somme, à l’époque Jacques Rançon avait 16 ans, comme elle. Elle n’a jamais oublié ce qui s’était passé.

Marie-Line triture un mouchoir entre ses mains. Cette femme de 59 ans se souvient parfaitement de ce samedi, où elle rentrait à pied de la gare. Jacques Rançon, caché dans les bois, se jette sur elle à son passage. "Il m’a étranglée, il a essayé de me violer" dit-elle avant d’éclater en sanglots. Une passante met le jeune homme en fuite. Le père de Marie-Line donne une correction à Jacques Rançon, et l’emmène chez les gendarmes. Mais ceux-ci déconseillent de porter plainte : c’est un pauvre garçon, issu d’une famille misérable. 

Pour l’avocat des parties civiles, Etienne Nicolau, cette première agression était pourtant un signal : "Ce qui s'est passé lorsqu'il avait 16 ans, il l'a reproduit par la suite. Elle explique qu'il a commencé par lui serrer le cou et on sait que dans toutes les agressions commises par Rançon, il y a eu d'abord une tentative d’étranglement. Il a terrorisé cette femme on peut regretter qu'il n'y ait pas eu à ce moment là au moins une sanction de principe contre Jacques Rançon."

Suite à l’agression, la jeune fille d’alors avait perdu tous ses cheveux d’un coup. Aujourd’hui, quand on lui demande ce qu’elle veut dire à Jacques Rançon, Marie-Line lâche : "qu’il crève en prison". 

Une enfance misérable sans aucune éducation

Pour les psychiatres, la base des agissements criminels de l'accusé, c'est cette première agression sexuelle pour laquelle il n'a jamais été condamné, mais aussi une enfance misérable, longuement évoquée mardi, à travers les témoignages de sa demi-sœur et de son instituteur.

Francis Roy a 19 ans quand il prend son premier poste d’instituteur dans la Somme, en 1970. Il a eu le jeune Jacques Rançon deux ans dans sa classe, entre 10 et 12 ans. Presque 50 ans après, il se souvient de ce garçon misérable : "J'ai connu un gamin de 10 ans qui était plutôt timide et réservé, qui vivait dans un milieu familial très, très défavorisé. Il vivait dans un baraquement en tôle et en bois qui datait de la guerre 14-18. C'était la misère, vraiment. Il n'était pas éduqué, il s'élevait tous seul. Dans cette famille là, tous les enfants ont été retiré et placés dans des familles d'accueil justement parce qu’ils présentaient une carence éducative, pourquoi cet enfant est-il resté dans sa famille ?" se demande Francis Roy.

L'ancien instituteur s’en veut de n’avoir pas pu faire quelque chose pour empêcher la suite : "Quand vous vous dites que vous avez eu cet enfant dans votre classe durant deux ans comme élève, peut-être qu'il aurait suffit de dire ou faire autrement pour qu'on n'en arrive pas là" dit-il. "Ce qu'il a fait est affreux et impardonnable, il est malade, on en peut pas faire des choses pareilles si on n'est pas déglingué dans sa tête" conclut-il tristement.

Le procès se poursuit jusqu’au 26 mars. Mercredi l’ex compagne et le fils de l’accusé sont attendus à la barre. 

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