INFORMATION FRANCE INTER - Une expertise médicale et une note de l'administration pénitentiaire jugent l'état de santé de Jacques Santoni incompatible avec sa détention qui dure depuis plus de 4 mois et demi.

Cour de l'hôpital de la prison de Fresnes
Cour de l'hôpital de la prison de Fresnes © AFP / Christophe ARCHAMBAULT

Celui que ses accusateurs qualifient de "parrain" d'une bonne partie de la Corse du Sud, Jacques Santoni, chef présumé de la bande criminelle dite du "Petit bar", avait été interpellé mi-janvier dans le cadre d'une vaste enquête financière pour blanchiment et pour non justification de revenus. C'est la juridiction inter-régionale spécialisée dans les dossiers de criminalité organisée à Marseille qui est en charge de ce dossier.  

14 expertises judiciaires et médicales sur l’état de santé de Santoni 

Ces dernières années, Jacques Santoni, victime d'un accident de la route en 2003, paralysé des jambes et pouvant à peine bouger ses bras, a été arrêté à de nombreuses reprises mais remis en liberté sous contrôle judiciaire à chaque fois, à cause de son très lourd handicap. Mais cette fois, les juges qui suivent le dossier à Marseille ont obtenu (après validation par la chambre de l'instruction) qu'il reste en détention provisoire à Fresnes près de Paris. Mais pour combien de temps encore ? 

Car les avocats de Jacques Santoni ont à nouveau l'intention de réclamer la remise en liberté de leur client tétraplégique : l'administration pénitentiaire, dans une note récente que nous avons pu consulter, dégage toute  responsabilité sur l'état de santé de Jacques Santoni qui se dégrade "durablement" selon le médecin chef de Fresnes. 

Ce qui, pour son avocat Pascal Garbarini, au micro de France Inter, n'est pas une surprise : "L'administration pénitentiaire ne peut pas faire face à une tétraplégie lourde et grave. Elle ne peut y faire face en moyens humains et matériels. Ce qui est exceptionnel et incompréhensible, c'est que sa défense a été obligée d'engager un véritable bras de fer pour obtenir une expertise médicale". 

Cela fait plus de 4 mois maintenant que Jacques Santoni est en détention provisoire. Et aujourd'hui, nous savons, parce que c'est écrit, que l'expertise judiciaire qui a eu lieu finalement indique que son état de santé est incompatible avec sa détention, ce qui est un élément fondamental (Pascal Garbarini, avocat de Jacques Santoni)

"Je ne tombe pas de ma chaise. Nous le savons tous puisque c'est la 14ème expertise judiciaire qui le dit, avec des experts imminents spécialisés dans la traumatologie. Nous savons également que l'administration pénitentiaire indique qu'il ne lui est pas possible de maintenir monsieur Jacques Santoni en détention car cela ne ferait qu'aggraver son état de santé... et pourtant M. Santoni reste en prison. Et la question qui se pose : son état de santé est-il moins important que les procédures judiciaires en cours ? Faudra-t-il attendre que son pronostic vital soit engagé pour qu'il sorte de prison ? Son cas dérange-t-il à ce point que peu importe ce qui lui arrive ? " 

Une source judiciaire proche du dossier rappelle que la dernière décision judiciaire sur le cas Santoni est articulée sur 6 pages et qu’elle conclut qu'il n'est pas établi que l'intéressé est atteint d'une pathologie engageant le pronostic vital, et que la dernière expertise médicale en date ne démontre pas que Jacques Santoni serait incarcéré dans des conditions inhumaines, indignes ou dégradantes.     

Deux enquêtes en cours sur la bande du "Petit bar" 

Jacques Santoni a été mis en cause à deux reprises en l’espace de neuf mois. D’abord en septembre 2020, quand la police judiciaire intervient dans le cadre de l’enquête sur la tentative d’assassinat de Guy Orsoni (en septembre 2018), le fils de l’ancien leader nationaliste corse, ex-président du club de football de l’AC Ajaccio. Ce jour-là, Jacques Santoni est interpellé avec une vingtaine de suspects, mais trois des lieutenants présumés de l’organisation criminelle, Mikaël Ettori, Pascal Porri et André Bacchiolell, ne sont pas chez eux. Ils ont visiblement été bien informés sur l’opération du RAID et ont "pris le maquis" avant l’arrivée des policiers. Les trois hommes sont aujourd’hui toujours en cavale. 

Le deuxième vaste coup de filet date de mi-janvier 2021 : ce sont cette fois quinze personnes, dont à nouveau Jacques Santoni, qui ont été interpelées dans le cadre d’un dossier de blanchiment inédit dans l'île par son ampleur. Parmi les autres suspects, il y a Antony Perrino, l'un des principaux promoteurs immobiliers en Corse, actionnaire du journal Corse Matin et de la compagnie maritime Corsica Linea, et qui est aussi un ami d'enfance de Jacques Santoni, comme l’ont rappelé les journalistes de L’Obs. Après 4 ans d’enquête et de surveillance, les magistrats en charge de ce dossier ont bloqué des comptes bancaires, saisi des  appartements, des voitures et des bijoux pour l’équivalent de 48 millions d’euros d’avoirs, comme l’avait révélé le journal Le Monde, ce qu'une source judiciaire a confirmé ce week-end. 

Le bras de fer, entre les juges marseillais d’un côté, et de l’autre l’administration pénitentiaire et les défenseurs de Jacques Santoni, s’explique sans aucun doute par la volonté d’empêcher à tout prix le chef présumé de la bande du Petit bar d’entrer en contact avec ses trois proches actuellement en cavale. 

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