Sixième jour du procès en appel de Jawad Bendaoud, rejugé à Paris pour avoir hébergé deux terroristes du 13 novembre dont l’un des cerveaux, Abdelahmid Abaaoud. Jeudi, Jawad Bendaoud a répété en boucle qu’il ne se doutait pas de l’identité de ceux qu’il a logés jusqu’à l’assaut du Raid du 18 novembre 2015.

Jawad Bendaoud est jugé en appel à Paris
Jawad Bendaoud est jugé en appel à Paris © AFP / JACQUES DEMARTHON

Comme au premier jour de son procès, Jawad Bendaoud a remis son survêtement noir à paillettes dorées. Très énervé dès les premières minutes d'audience, il précise qu'il n'a pas mangé depuis la veille, "à part deux Kinder", pas dormi, et appelé pour se rassurer, son avocat (Xavier Nogueras) et son "écrivain" - il a expliqué qu'il écrivait un livre. Face à la cour, Jawad Bendaoud répète pour la énième fois qu’il ne savait pas à qui il louait son squat de St Denis, le soir du 17 novembre 2018, avant l'assaut du RAID. Qu'il ne savait pas que ceux qu'il a logés avec Hasna Aït Boulahcen, étaient Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, deux terroristes du 13 novembre.

Je fricote pas avec les terroristes, monsieur le juge. J'ai rien à voir avec ces gens-là

Il tente de convaincre de sa différence, lui, le trafiquant de cocaïne non pieux, avec Abaaoud. "Abaaoud, je suis son premier ennemi, monsieur le juge. Abaaoud, si vous lui redonnez la vie demain, il veut me buter ! Il dit Jawad c’est un kouffar (un mécréant) ! Il a des tatouages, des bagues en or…" Jawad Bendaoud montre ses mains et ses bijoux, continue à parler à toute allure, en ayant du mal à s’arrêter, même pendant les questions des avocats des parties civiles.  Il est en colère. Sous tension. Dit beaucoup de gros mots. Une avocate lui parle de ses propos en garde à vue, évolutifs. "Qui se défend plus mal qu'un innocent, madame ?"

J'ai voulu me défendre, je me suis niqué tout seul.

Un autre avocat, maître Chemla, lui fait remarquer qu'Abaaoud lui a confié qu'il arrivait de Belgique, ce qui aurait dû lui mettre la puce à l'oreille ? Jawad Bendaoud répète qu'il ne s'est pas douté qu'Abaaoud était un terroriste. La Belgique lui évoque plutôt la drogue et les prostituées. Il convient juste qu'il a quand même trouvé bizarre qu'Abaaoud lui prenne le balai le soir du 17, pour nettoyer le squat de la rue du Corbillon. Bizarre aussi qu'il se contente avec Chakib Akrouh d'un appartement sans eau. Ils étaient "louches", reconnaît Jawad Bendaoud. Mais "louches ne veut pas dire terroristes, encore moins terroristes qui ont tué 130 personnes". 

"C'est la stricte vérité, pour les 700 victimes, les personnes qui sont dans la salle", dit-il, face aux avocats qui représentent 780 parties civiles. Une autre avocate lui fait remarquer que c’est quand même suspect qu’en cinq jours, il n’ait pas entendu parler des attentats du 13 novembre ! "Ce week-end-là, j’étais défoncé : shit, cocaïne (trente-cinq grammes, facile), j’avais plein de soucis dans ma tête", se justifie Jawad Bendaoud qui s’énerve, beaucoup, qu’on doute ainsi de sa version. 

Vous, vous êtes des requins, moi, je suis un dauphin, la justice a des tentacules énormes, c’est la vérité, monsieur le juge.

"J’ai eu deux ans d’isolement, relaxe, et là, je risque encore la prison, on veut me rendre fou !" s'exaspère Jawad Bendaoud, en fixant souvent les avocats dans les yeux.  Sa "malchance", estime-t-il, c'est que personne ne lui ait "parlé des attentats pendant trois nuits".  Sa "chance", pense-t-il, c'est de ne pas avoir reconnu Abaaoud, qui l'aurait peut-être tué. "Je suis un chat noir", conclut Jawad Bendaoud, qui ajoute "mon procès est en live sur internet, je veux défendre mon honneur". Cet après-midi, c’est la redoutable avocate générale du procès Merah qui interrogera Bendaoud, sans doute sans ménagement

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