Au sixième jour d'audience, face à l'avocate générale qui l'a interrogé une partie de l'après-midi, Jawad Bendaoud a craqué, hurlant sa colère jusqu'à son expulsion, manu militari, par les gendarmes, avant de revenir, un peu plus calme, à la barre.

Jawad Bendaoud a explosé de colère vendredi après-midi en pleine audience et a été expulsé
Jawad Bendaoud a explosé de colère vendredi après-midi en pleine audience et a été expulsé © AFP / Jacques DEMARTHON

Jawad Bendaoud a répondu une grande partie de ce vendredi après-midi aux premières questions de l'avocate générale, une magistrate redoutée, pas du genre à se laisser faire. C’est elle qui avait tenu tête avec autorité à Abdelkhader Merah et l'un de ses avocats Eric Dupond-Moretti, l’an dernier. Elle prévient d’emblée "Monsieur Bendaoud" qu’elle le "respecte", mais lui demande de "ne pas dire de gros mot" et de "ne pas élever la voix". Mais très vite, Jawad Bendaoud s’emballe, dans son survêtement bleu et rouge à capuche. 

Il commence à s'agacer quand elle l’interroge sur son parcours scolaire "chaotique". Il conteste. "J'ai eu mon brevet des collèges avec 17 de moyenne, vérifiez ! Je suis passé en première et après, je suis parti en vrille. J'ai un certain bagage dans ma tête." Puis, il s'échauffe quand elle le questionne sur le djihad. "Le djihad, à la base des bases, c'est pas ce que les terroristes du 13 novembre ont fait sur les terrasses", dit-il. 

Jawad Bendaoud : "quoique vous disiez, je suis contre le terrorisme !"

Puis l'avocate générale l'interroge sur sa famille unie, ses frères sans histoire, et elle s'étonne que ses parents soient absents à la barre. Sa mère est restée au Maroc, alors qu'elle était appelée devant la cour ce vendredi. Elle est auprès d'un de ses frères en phase terminale d'un cancer, explique Jawad. Et son rapport à la religion ?, interroge la magistrate. "Ma mère, elle est pas radicalisée, elle regarde Les 'Feux de l’amour' tous les jours depuis dix ans !", s'exclame Jawad Bendaoud. Elle l'interroge sur son propre rapport à la religion. Il dit qu'il a lu le Coran, à moitié. 

Elle le questionne ensuite sur ses liens avec des radicalisés en prison. "Je parlais à tout le monde sauf aux violeurs et aux terroristes qui ont tué". Jawad Bendaoud ajoute : "Dieu merci, j'ai pas été radicalisé en prison ! Imaginez que j'aie porté une djellabah et que j'aie hébergé ces mecs-là, j'aurais pris perpét' !"

Sur son tee-shirt, on peut lire "innocent"

Jawad Bendaoud parle à toute allure, tout le temps. Il transpire, enlève à un moment son haut de jogging et dévoile un tee-shirt rouge fluo "Yamaha 93". Dans son dos, on peut lire "innocent" et "Jawad Bendaoud". Son avocat, Xavier Nogueras, lui fait renfiler vite fait son sweat à manches. 

Jawad Bendaoud ne peut pas s’empêcher de couper sans cesse la parole. Il accuse l’avocate générale d’être une "paumée", et de reprendre des extraits tronqués de ses déclarations. Il lui dit droit dans les yeux : "mais elle est malade, celle-là !". Le président le reprend systématiquement fermement. "Mais monsieur, c’est ma vie qui est en jeu, ma vie elle est niquée !", se défend Jawad Bendaoud. Maintes fois, il revient sur la prison, ses vingt-sept mois d'isolement qui lui ont "bousillé le cerveau"

Jawad Bendaoud : "en prison, on est comme des animaux en cage. Et aujourd'hui, on voudrait que je sois Bouddha à la barre !"

A la barre, Jawad Bendaoud crie, de plus en plus souvent. Il crie fort, quand l'avocate générale le titille longuement sur des propos tenus en détention. "Quand on est en prison, on est pas normal ! On est comme des animaux en cage ! Et aujourd'hui, on voudrait que je sois Bouddha à la barre".

Sa colère monte, de plus en plus. Et au bout de trois heures d’interrogatoire et de logorrhée sous tension, il craque complètement, hurle, en parlant de la mort de son grand-père, de sa grand-mère. Il est hors de lui. Incontrôlable. En larmes. Des gendarmes s’approchent. Il insulte tout le monde. Se retrouve à terre, manu militari, évacué. 

L’audience a fini par reprendre dans le calme, avec l'avocate générale qui a rapidement cédé la parole à un médecin, qui a expliqué à la cour les conséquences de la consommation de cocaïne sur l’être humain...

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