Son calvaire dure depuis plus d'un an et demi. Une lycéenne du sud de la France a choisi de témoigner anonymement, auprès de France Inter, des menaces qu'elle subit depuis l'automne 2018 et dénonce l'absence de réponses de la justice, malgré trois plaintes.

Le calvaire de cette lycéenne, qui habite le sud de la France, a débuté il y a plus d'un an et demi
Le calvaire de cette lycéenne, qui habite le sud de la France, a débuté il y a plus d'un an et demi © Getty / Dmitry Ageev

C'est un calvaire tristement banal que décrit cette adolescente. Chaque jour ou presque, depuis plus d'un an et demi, elle reçoit sur son téléphone "des menaces de mort, de viol, des provocations au suicides, ou des menaces envers [sa] famille". Cette lycéenne de 17 ans, qui vit dans le sud du pays et qui a choisi de préserver son anonymat, par crainte de représailles, témoigne auprès de France Inter pour "que ça s'arrête" et que son affaire, et celles que vivent sans doute d'autres, "avance plus vite".

Depuis l'automne 2018, c'est toujours depuis le même compte, anonyme, et sur le même réseau social qu'elle reçoit des messages d'insulte et de menaces. Au fil des semaines elle pense avoir identifié l'auteur, qui serait, selon elle, une jeune femme de son établissement. "Certains contenus citent par exemple clairement certaines personnes de son entourage" précise son avocate Flora Richard-Flachaire. Elle livre donc ces éléments à la police et porte plainte, à trois reprises. L'une d'elle est classée sans suite, faute de pouvoir identifier l'auteur des messages.

Une vie bousculée par les menaces

Pour l'adolescente, en revanche, le quotidien est toujours aussi compliqué. "Je ne peux pas sortir seule, il faut que je sois accompagnée de deux personnes", raconte-t-elle : "même aller acheter le pain est devenu impossible". Sa vie "a basculé", conclut-elle sobrement. 

La situation semble même avoir empiré il y a quelques semaines. "Les menaces ont été mises à exécution" raconte l'adolescente. "J'ai été agressée par trois individus sur la route de mon lycée, ils m'ont fait ingérer des produits sous la menace d'un couteau", témoigne-t-elle, précisant avoir reçu le jour même des messages qui évoquaient cette agression. Ce jour-là, son état ne lui a pas permis de porter plainte, mais son avocate précise qu'elle attend une nouvelle convocation des enquêteurs.

Impossible d'"identifier l'auteur de ces messages"

En attendant, Me Flora Richard-Flachaire s'alarme de la durée de la procédure alors que l'intégrité physique de sa cliente est désormais clairement menacée. "Cela dure depuis plus d'un an et demi et on n'arrive pas à identifier l'auteur de ces messages" regrette l'avocate : "on a cruellement un manque de sécurité pour cette adolescente". 

La lycéenne, elle aussi, se désole de cette procédure judiciaire qui n'aboutit pour le moment à rien. "Est-ce qu'ils sont débordés ou que l'affaire est mise de côté ? Je ne sais pas" dit-elle sobrement. "La personne qui a pris ma plainte nous a expliqué que sur les réseaux sociaux c'est compliqué parce que les pseudonymes sont protégés et que, souvent, les entreprises qui gèrent ces réseaux ne sont pas en France" détaille l'adolescente.

Aucune nouvelle de la justice

L'été dernier, son avocate a saisi le parquet compétent pour contester le classement sans suite. L'enquête a été rouverte, comme nous le confirme le procureur, le 9 septembre dernier, sans plus de précisions. Mais cinq mois après, l’adolescente et son avocate sont sans nouvelles. Le procureur de la République explique simplement que l'enquête se poursuit et que le délai n'est "pas anormal".

"Visiblement, on manque de moyens pour identifier les personnes qui utilisent les réseaux sociaux", regrette Me Flora Richard-Flachaire, qui s'alarme du message envoyé aux adolescents victimes. "Cette jeune mineure a réussi à se confier à son entourage et elle n'a pas de réponse : je m'inquiète pour tous les autres adolescents qui pourraient être victimes de menaces similaires et qui n'arriveraient pas à se confier".

Sa jeune cliente, elle, ne regrette pas. "Je suis contente d'avoir parlé car j'ai trouvé du soutien, si je n'en avais pas parlé ce serait pire", confie-t-elle, ajoutant : "mais cela ne fait pas tout". Elle, qui se sait "soutenue", mais ajoute : "je ne suis pas en pleine forme". "C'est un mélange d'énervement, de dégoût et de peur : depuis plus d'un an et demi, c'est dur".

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