132 femmes et enfants yézidis ont atterri à l’aéroport de Toulouse, ce mercredi soir, accompagnés depuis le Kurdistan irakien par un diplomate du quai d’Orsay. Ces familles victimes de Daech vont bénéficier de l'accueil qui a été promis cet hiver, par Emmanuel Macron, à la Prix Nobel de la Paix, la Yézidie Nadia Murad.

Des enfants yézidis fascinés par l’avion qu’ils n’ont jamais pris, et qui va les emmener pour une nouvelle vie en France
Des enfants yézidis fascinés par l’avion qu’ils n’ont jamais pris, et qui va les emmener pour une nouvelle vie en France © Radio France / Sophie Parmentier

"C’est un voyage extraordinaire pour ces femmes et ces enfants", résume Eric Chevallier, à la tête du centre de crise du Quai d’Orsay. Ce grand diplomate de terrain s’est déplacé au nom du gouvernement français, pour accompagner, depuis Erbil, ces 28 femmes et ces 104 enfants yézidis qui ont quitté le Kurdistan irakien, ce mercredi, pour atterrir à Toulouse.

Cette opération a été décidée il y a plusieurs mois à l’Élysée avec la Prix Nobel de la Paix, la Yézidie Nadia Murad. Et elle a été menée après une enquête réalisée il y a environ deux mois, par des agents de l’OFPRA, l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. L’OFPRA s’est rendu dans les camps de réfugiés kurdes où ces femmes avaient fui Daech. Le gouvernement français assure avoir vérifié qu’aucun des enfants yézidis accueillis à Toulouse n’a été embrigadé par l’organisation terroriste État islamique.

Trois enfants yézidis la veille de leur décollage pour Toulouse
Trois enfants yézidis la veille de leur décollage pour Toulouse © Radio France / Sophie Parmentier

"Je suis heureuse et triste à la fois", dit une femme yézidie, dans l’avion qui l'emmène en France

Lorsqu'ils quittent l'aéroport d'Erbil, ce mercredi après-midi, les enfants écarquillent de grands yeux, à la fois rêveurs et inquiets. Ils n’avaient encore jamais pris l’avion. Leurs mères non plus. Elles poussent de grosses valises dans lesquelles elles ont entassé ce qu’il leur restait de leur vie d’avant. La plupart affichent un large sourire et se disent heureuses. Heureuses et tristes à la fois. Une tristesse qui se lit dans leurs regards, profonds, parfois éteints et vides. 

"Daech a brûlé nos maisons, tué nos enfants, je remercie le président de la France de nous accueillir"

Quand l’avion décolle, des larmes coulent sur les joues de plusieurs de ces femmes. "Ma joie de partir en France et ma tristesse de quitter mes montagnes se mélangent", confie Khane*, jolie mère de famille de 27 ans, ses trois jeunes enfants agrippés à sa jupe ample. Khane explique que quand Daech a surgi dans les montagnes du Sinjar, le 3 août 2014, les terroristes ont tué son mari, comme ils ont tué la plupart des hommes yézidis, considérés par Daech comme des "mécréants", en raison de leur religion. Comme toutes les veuves, Khane est désormais rejetée par sa communauté yézidie, très conservatrice. 

Certaines femmes ne savent pas si leur mari est mort ou encore vivant
Certaines femmes ne savent pas si leur mari est mort ou encore vivant © Radio France / Sophie Parmentier

Certaines des Yézidies accueillies en France ont été transformées en esclaves sexuelles par Daech

Dans l’avion, d’autres femmes ne savent pas si leur mari est mort ou encore vivant. C’est le cas de Nase*, autre jeune mère au visage doux, les longs cheveux relevés en chignon. Une longue jupe bleue lui arrive à la cheville, sur ses sandales parsemées de petits brillants de pacotille. Elle serre contre elle le plus jeune de ses quatre enfants. Le petit garçon a cinq ans. Il venait de naître quand Daech a capturé sa mère, son père, ses frères et sœurs. Nase n’a jamais revu son mari. Elle a été détenue trois ans, par différents émirs de l’État islamique. Elle a été mariée de force et transformée en esclave sexuelle. Le traumatisme est encore immense et elle n’a pas de mots pour raconter. Ce sont ses quatre enfants, dont elle avait été brutalement séparée, qui lui ont donné la force de se sauver de ses geôliers, raconte-t-elle. C’est encore pour ses enfants qu’elle a trouvé la force de faire ce grand voyage vers la France. Elle espère que très bientôt, ils pourront aller à l’école, et avoir plus tard un beau métier. 

Leur premier cours leur a été donné au départ d’Erbil, par l’Organisation Internationale pour les Migrations, qui dépend des Nations-Unies. C’est l’OIM qui, a montré ces deux derniers jours à tous ces enfants, et à leurs mamans, des images de la France, des images de maisons aux toits rouges, et de Tour Eiffel. Sur un mur, ils ont vu pour la première fois écrit le mot "bienvenue".

Ce sont leurs enfants qui ont donné à ces femmes la force d'entreprendre le voyage
Ce sont leurs enfants qui ont donné à ces femmes la force d'entreprendre le voyage © Radio France / Sophie Parmentier

"Ce sont des victimes des crimes de Daech", insiste le diplomate du quai d’Orsay qui a accompagné ce voyage

"Vous êtes les bienvenus en France", leur répète de vive voix l’envoyé spécial du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, Eric Chevallier. Il ajoute : "C’est la perspective d’une nouvelle vie, après avoir vécu les traumatismes extrêmement lourds de la barbarie des crimes de Daech. Ce sont des victimes des crimes de Daech que nous accueillons en France". Et il rappelle qu’un premier petit groupe d’une quinzaine de femmes yézidies et leurs enfants avait déjà été accueilli en décembre, dans le cadre de ce même programme. 

La France s’est engagée à recevoir au total une centaine de femmes yézidies et leurs enfants, avant la fin de l’année 2019.

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