Jean-Pierre Meyers et son épouse Françoise Bettencourt, en 2013
Jean-Pierre Meyers et son épouse Françoise Bettencourt, en 2013 © Reuters / Charles Platiau

Au procès en appel de l'abus de faiblesse contre la milliardaire Liliane Bettencourt, c’est un homme discret mais puissant qui est aujourd'hui cité comme témoin : Jean-Pierre Meyers, le gendre de l'héritière de l’Oréal.

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On ne l’a jamais vu, l'an dernier, sur les bancs du tribunal de Bordeaux. On aurait pourtant pu le trouver là, aux côtés de sa femme Françoise et de leurs deux fils, parties civiles dans le procès intenté -entre autres- contre François-Marie Banier. Car Jean-Pierre Meyers, 68 ans et vice-président du conseil d’administration de l’Oréal, est en fait l’homme clé de famille.

"Monsieur Jean-Pierre"

Depuis décembre 2010 et la signature du protocole d’accord qui avait mis provisoirement fin aux poursuites judiciaires, il dirige également la holding familiale Téthys - laquelle détient un tiers des parts de l’Oréal. L’accord avait écarté l’encombrant ami de Liliane Bettencourt, François-Marie Banier, ainsi que l’ex-dirigeant de Téthys, Patrice de Maistre.

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En 2011, la bataille est repartie de plus belle, mais "Monsieur Jean-Pierre", comme l’appelle le personnel de maison de Liliane Bettencourt, cultive toujours la même extrême discrétion.

Le reportage de Corinne Audoin.

C’est par son père Marcel, entré chez l’Oréal en 1968, qu’il fait la connaissance de Françoise Bettencourt, la fille unique d’André et Liliane, en 1972. Ils se marient en 1984, en Toscane. Ce banquier, qui a débuté sa carrière à la Société générale, fait en 1987 son entrée dans le fleuron familial, qu’il ne quittera plus.

La légende familiale raconte pourtant que Liliane Bettencourt n’appréciait guère son gendre, dont la personnalité discrète lui avait inspiré le surnom peu flatteur de "chapon". Sans doute les époux Bettencourt, catholiques, auraient-ils espéré un autre parti pour leur fille unique, que ce petit-fils d’un rabbin, Robert Meyers, déporté à Auschwitz.

Un gendre appelé "chapon"

Au rang des sujets qui fâchent entre les deux familles, on note les écrits antisémites d’André Bettencourt pendant la guerre, et le passé d’Eugène Schueller, père de Liliane et fondateur de L'Oréal, pour ses liens avec l’organisation d'extrême droite La Cagoule.

Sa belle-mère Liliane l’a aussi longtemps soupçonné de chercher à revendre les parts familiales à l’autre grand actionnaire de l’Oréal, le groupe suisse Nestlé, dont Jean-Pierre Meyers était également l’administrateur jusqu’en 2014.

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Les avocats de François-Marie Banier, qui l’ont fait citer comme témoin, comptent bien remettre sur la table ce lourd passé. Une mésentente familiale qui est, selon eux, à l’origine de toute cette procédure.

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"Il est l’ombre chinoise de ce dossier, il est derrière toutes les décisions prises officiellement par son épouse", explique Me Laurent Merlet, l’avocat du photographe. "On connaît la détestation ancienne de Madame Bettencourt pour son gendre, et nous souhaitons éclaircir son rôle dans la destruction de l’entente familiale, qui n’est pas due à François-Marie Banier".

Un moment d’audience attendu, puisque le gendre de Liliane Bettencourt n’a jamais été entendu par les juges.

Le procès se poursuit jusqu’au 25 mai.

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