Deux chercheurs de l'Université de Paris-Nanterre rendent au ministère de la Justice leur rapport sur la radicalisation des mineurs. Où l'on apprend que ce n'est pas dans les familles les plus déstructurées que l'on trouve les mineurs radicalisés les plus violents.

133 dossiers de mineurs radicalisés ont été étudiés pendant 18 mois
133 dossiers de mineurs radicalisés ont été étudiés pendant 18 mois © Maxppp / Joel Le Gall

L'enquête de Laurent Bonelli et Fabien Carrié, de l'Institut des sciences sociales du politique à l'Université de Nanterre a duré 18 mois. Elle porte sur 133 jeunes issus de milieux populaires poursuivis pour des affaires de terrorisme ou signalés par les services de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) pour c'est-à-dire  l’intégralité des mineurs poursuivis pour terrorisme depuis 2014. Ils sont pour l’essentiel liés à l’islamisme violent, mais une quinzaine sont des nationalistes basques, corses et des militants d’extrême droite.

Jusque-là peu concernée par les affaires de "terrorisme", la justice des mineurs doit désormais faire face à un afflux de dossiers, souvent médiatisés et de signalements qui l’obligent à adapter ses méthodes de travail.

Début mars 2017, 56 mineurs étaient poursuivis pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. 400 enfants et adolescents de moins de 15 ans se trouveraient en Syrie, dont 200 seraient nés sur place, et plusieurs centaines d’autres, suivis dans le cadre de mesures civiles ou pénales sont signalés par les travailleurs sociaux du secteur associatif habilité (SAH) ou de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) pour manifester des attitudes « radicales », quand ils ne sont pas de surcroît mis en examen pour "apologie du terrorisme".  

Une méthodologie hors normes

Les chercheurs ont eu accès aux rapports des travailleurs socio-judiciaires et des psychologues qui suivent ces jeunes. Les auteurs ont également interviewé les professionnels eux-mêmes. 

Les jeunes issus de familles stables commettent les actes les plus sérieux

Les actes les plus sérieux (départ ou tentative, préparation d'attentats ou encore activisme sur Internet) sont perpétrés par ceux que l’on attendait le moins : ceux que les chercheurs appellent "les engagés", c'est-à-dire des jeunes issus de familles stables, pour la plupart inconnus des services sociaux, plutôt bons élèves et avec des parents actifs et non pas par les jeunes les plus précarisés des quartiers populaires et aux situations précaires, pourtant régulièrement confrontés à la violence.

La compétition scolaire plus forte ferait partie des raisons pour lesquelles ces jeunes perdent pied et se radicalisent. 

Ils voient leurs perspectives d’avenir plus brutalement démenties que les autres. 

Les déceptions familiales et scolaires vont les conduire à rejeter en bloc les institutions et à s’approprier une forme de radicalisation qui permet de refuser l’héritage sans complètement le renier, puisque l’investissement dans ce registre est très intellectuel. Les dispositions scolaires et le capital culturel dont ils disposent sont réinvestis et réorientés dans une idéologie radicale, puisque inaccessibles par la voie scolaire.

Les révoltés sont les plus éloignés du passage à l'acte

Les jeunes délinquants, aux trajectoires sociales et familiales les plus chaotiques, les plus proches du monde des bandes et de la délinquance restent absents des formes de passage à l’acte les plus sérieuses, c'est-à-dire un départ en zone irako-syrienne ou une tentative d’attentats. Apologie du terrorisme et propos inquiétants sont le plus souvent les motifs de leur suivi par la justice.

Attention à la surréaction

Le traitement d’apologie du terrorisme est particulièrement frappant. 

Dans certaines situations, il ne faut pas surréagir au risque de renforcer les mineurs dans leur logique de révolte et dans une posture radicale.

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