Le tribunal correctionnel de Paris a rendu son délibéré dans le volet financier de l’attentat de Karachi, 25 ans après les faits. Des peines allant de 2 à 5 ans de prison ferme. Le tribunal a globalement suivi les réquisitions du parquet, parfois même au-delà, et prononcé de lourdes peines.

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné à des peines de deux à cinq ans de prison ferme six prévenus dont Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet et chef de campagne d'Edouard Balladur
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné à des peines de deux à cinq ans de prison ferme six prévenus dont Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet et chef de campagne d'Edouard Balladur © AFP / Thomas COEX

Six prévenus, homme d'affaires, conseiller politique, ancien ministre, haut fonctionnaire. Tous reconnus coupables d'abus de biens sociaux et ou de recel ou complicité de ce délit. Tous condamnés à de la prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris, qui a estimé que les fonctions exercées par les prévenus, jusqu'au plus haut rang de l'État, exigeaient une "probité irréprochable", selon les termes du jugement. D'autant, a-t-on précisé à l'audience, que "_le domaine des marchés militaires dans des pays comme l’Arabie Saoudite et le Pakistan touchent directement aux intérêts de l’_État” et que “des sommes considérables ont été détournées”.

Faits graves, lourdes peines

Face à ces faits ayant "porté une atteinte d’une gravité exceptionnelle non seulement à l'ordre public économique, mais aussi dans la confiance dans le fonctionnement de la vie publique", précise encore le tribunal correctionnel de Paris, seules des peines de prison ferme pouvaient être prononcées. 

L'homme d'affaires franco-libanais, Zyad Takieddine et son ancien associés Abdul Rahman Al Assir écopent de cinq ans de prison ferme, assortis d'un mandat d'arrêt. Le premier, principal prévenu et absent à l'audience, a également été reconnu coupable de faux témoignage, escroquerie et blanchiment d’escroquerie, fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale ainsi que d'organisation frauduleuse d’insolvabilité et usage de faux.

Deux ans ferme ont été prononcé à l'encontre de Thierry Gaubert, alors au ministère du Budget. Cinq ans dont deux avec sursis pour Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la Culture et premier conseiller de François Léotard à la Défense ou encore Nicolas Bazire, ex-directeur de cabinet d'Edouard Balladur à Matignon et aujourd'hui patron du groupe LVMH. Enfin Dominique Castellan, se voit condamné à 3 ans de détention dont 1 an avec sursis et 50 000 euros d’amende

La plupart des condamnés ont d'ores et déjà annoncé leur intention de faire appel de ces condamnations. Mais si celles-ci venaient à être confirmées en appel, elles signifieraient une incarcération car ne sont pas aménageables. 

Une campagne présidentielle financée par la fraude

Le tribunal l'a indiqué très précisément dans sa décision. C'est bien à l'aide du système de rétrocommissions frauduleuses, mis en place en marge des contrats d'armement qui étaient alors signés avec l'Arabie Saoudite et le Pakistan que la campagne d'Edouard Balladur à la présidentielle de 1995 a été financée. "Une somme de 10 millions de francs , indique le tribunal "venant opportunément combler le trou de 20 millions" dans les comptes de campagne. 

La malversation n'a pas suffit à l'ancien Premier ministre pour remporter à l'époque la course à la présidentielle. Mais elle sera au coeur d'un nouveau procès, devant la cour de justice de la République, cette fois. Avec, sur le banc des prévenus : Edouard Balladur, lui-même et son ancien ministre de la Défense, François Léotard.

Les victimes de l'attentat déboutées de leur constitution de partie civile

Mais si le volet financier de l'attentat de Karachi a bien été jugé, ce n'est toujours par le cas, 18 ans après les faits, de l'attentat lui-même. Et il n'y aurait peut-être jamais eu aucun procès sans la plainte des familles des 11 morts français et 12 blessés graves. Pourtant, le tribunal a rejeté les constitutions de parties civiles des familles, estimant que le lien de causalité entre l'attentat et les faits d'abus de biens sociaux qu'il avait à juger n'était pas démontrée de façon certaine. 

"Ce qu'il faut surtout retenir ce sont les sanctions extrêmement lourdes, se console Gilles Sanson, grièvement blessé dans l'attentat et qui a suivi tout le procès, "ce sont les politiques qui sont les premiers à jouer avec l'argent et parfois en jouant avec l'argent on joue aussi avec la vie des gens." Sandrine Leclerc, qui a perdu son père dans l'attentat et porte-parle d'un collectif de six familles de victimes, salue quant à elle des "peines exemplaires" : "ça montre qu'en France on ne peut pas magouiller pour financer une campagne présidentielle et faire fi de la vie humaine pour satisfaire des ambitions politiques sans un jour être condamné."

Pour les familles, cette décision ne sonne cependant pas la fin de la bataille. Certaines espèrent toujours voir l'attentat de Karachi un jour jugé par une cour d'assises française

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