Journaliste spécialisée dans les affaires judiciaires, Anne-Sophie Martin est l'auteure de "Le disparu", livre consacré à l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès. Elle était l'invitée de France Inter, ce samedi 12 octobre.

La maison des Dupont de Ligonnès, à Nantes.
La maison des Dupont de Ligonnès, à Nantes. © Radio France / Benjamin ILLY

L'emballement est très vite retombé. L'homme arrêté vendredi à l'aéroport de Glasgow et initialement présenté comme Xavier Dupont de Ligonnès n'est finalement pas le père de famille soupçonné d'avoir tué sa femme et ses quatre enfants à Nantes en avril 2011, avant de se volatiliser. Le test ADN s'est avéré négatif, ont annoncé samedi midi des sources proches de l'enquête. 

Journaliste, Anne-Sophie Martin a enquêté sur l'affaire Dupont de Ligonnès et lui a consacré un livre, Le disparu, aux éditions Ring. Elle était l'invitée de la matinale de France Inter, ce samedi à 7h50, avec Patricia Martin et Éric Delvaux. 

FRANCE INTER : En quoi cette affaire est-elle hors norme ?

ANNE-SOPHIE MARTIN : "C’est la dernière grande énigme criminelle, une affaire non-résolue qui a fait énormément parler d’elle. Cela tient aussi je crois au milieu, bourgeois, très discret, dans lequel elle est survenue. Xavier Dupont de Ligonnès est d’origine versaillaise, noble. Agnès venait aussi d'une famille très bourgeoise. D'habitude, ça n'est pas dans ces milieux qu’on découvre des faits divers sordides. 

Surtout, dans cette affaire, il y a la disparition de cinq membres d’une même famille. On découvre les corps des victimes alors qu'on les pensait parties à l'étranger, grâce à des courriers et une mise en scène de la maison qui semble avoir été le lieu d’un départ rapide : volets fermés, lits défaits, cartons avec des souliers qu’on laisse pour la Croix Rouge, tout avait été incroyablement préparé...

Tout cela concourt à un trou noir de presque trois semaines dans l’affaire. Après la découverte des corps, on s'aperçoit que le père s’est évaporé le 10 avril 2011 de Nantes. La police a pu retracer son circuit, de Nantes jusque dans le Var. Il y a des paiements en carte bleue, des gens qui témoignent. Il est aperçu pour la dernière fois devant les caméras de surveillance d'un hôtel ou d'un distributeur bancaire. Il part à pied sur un parking avec un sac de représentant de commerce, puis plus rien. Comme s’il avait orchestré sa disparition. La police a cru tout de suicide. En fait, ça n’en était peut-être pas un..."

Il y a eu cette lettre envoyée à un journaliste, où il était écrit "je suis encore vivant", et signée Xavier Dupont de Ligonnès...

"Ça n’est pas pas lui, la graphologie l’a démontré. C’était peut-être quelqu’un qui voulait que l'enquête bouge. On a pensé que c’était un envoi fait par un proche. "

Dans cette affaire, on n'a jamais entendu la famille d'Agnès... 

"Non, elle n'a jamais voulu parler, se médiatiser. Elle a juste souhaité être partie civile, vigilante à l’évolution de l’enquête. Ce qui a d’ailleurs créé un autre aspect hors norme : c’est le déséquilibre. On ne parle que de lui !"

De quel moyens financiers Xavier Dupont de Ligonnès aurait-il pu disposer pour financer sa cavale ?

"On ne sait pas s’il n'avait pas accumulé une petite cagnotte. En tous cas, il n'est pas du tout quelqu’un de dépensier, bien que d’un milieu bourgeois. Chez lui, on ne jetait pas l’argent par les fenêtres. Il était toujours en jean et chemise... il n’a jamais vécu sur un train de vie très élevé."

Avez-vous cru à l'hypothèse d'un suicide ?

"Au début j’y croyais. Ça semblait assez vraisemblable. Dans les "familicides", quand toute une famille est décimée, en général l’auteur, qui est souvent le père de famille, se suicide sur place. Jean-Claude Roman, par exemple, a essayé mais n’a pas réussi."

On a dit qu’il pouvait se cacher dans des monastères, des abbayes ?

"Il faut rappeler que Paul Touvier [ancien chef de la Milice lyonnaise pendant l'Occupation allemande, ndlr] a été hébergé pendant plus de 20 ans par des congrégations dans des monastères. En revanche, que Xavier Dupont de Ligonnès ait trouvé refuge à Roquebrune-sur-Argens (Var), je n’y ai pas du tout cru. Se retirer dans un monastère à 3 km de là où on a disparu c’est quand même un peu gros...

J’ai imaginé qu’il était parti loin. En étant ici, on vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Donc il vaut mieux partir en Afrique, en Amérique du sud, dans des endroits où la police n’est pas à tout moment susceptible de vous tomber dessus. 

Il se vantait d’avoir un QI de 150. Certes, il n’a pas inventé le crime parfait, certes les corps ont été retrouvés, mais pour l’instant, sa disparition est une sacrée réussite au regard des forces mobilisées pour le retrouver."

►►► Une interview à réécouter ici.

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