Nordahl Lelandais a reconnu avoir pris en stop le caporal Arthur Noyer la nuit de sa disparition, après avoir longtemps nié l'avoir croisé. Depuis ses aveux sur la mort de la petite fille, qu'il dit avoir tuée "involontairement", la justice cherche des liens avec d'autres disparitions, pour l'instant sans réel succès.

Gendarmes le 14 février 2018 lors du transport de Nordahl Lelandais sur les lieux de la disparition de Maëlys
Gendarmes le 14 février 2018 lors du transport de Nordahl Lelandais sur les lieux de la disparition de Maëlys © AFP / Jean-Pierre Clatot

S'il ne reconnait pas l'avoir tué, Nordahl Lelandais admet désormais qu'il a bien croisé la route d'Arthur Noyer, 23 ans, dans la nuit du 11 au 12 avril. Mis en examen pour assassinat dans cette affaire depuis le 20 décembre (il est également mis en examen pour enlèvement suivi de meurtre dans l'affaire Maëlys), l'homme a finalement reconnu qu'il avait pris le disparu en stop la nuit de sa disparition, alors qu'il sortait de boîte de nuit à Chambéry. Des ossements avaient été retrouvés cinq mois après, dont les restes d'un crâne sur lequel l'ADN d'Arthur Noyer a été identifié.

Ces aveux faits le 5 février, selon des sources proches du dossier, s'ajoutent à plusieurs éléments à charge contre le prévenu, qui avaient justifié de le mettre en examen dans l'affaire Noyer. Deux téléphones utilisés par le suspect "avaient déclenché entre 23H48 et 3H41 les mêmes relais" que le téléphone du disparu, selon les expertises. Le bornage révélait que ce dernier était dans un véhicule (sans doute celui de Nordahl Lelandais, d'après ses propres aveux). Le 25 avril 2017, l'un des téléphones du suspect avait été utilisé pour faire une recherche "décomposition d'un corps humain" sur Internet.

Des hypothèses face au silence

Avec ce lien établi entre Nordahl Lelandais et ces deux affaires de meurtre (Maëlys et Arthur Noyer), les enquêteurs ont une raison de plus de s'intéresser à nouveau à certaines disparitions de la région. Mais c'est aussi le cas des proches d'autres disparus, car le cas d'Arthur Noyer fait forcément espérer une résolution similaire dans d'autres affaires. D'ailleurs, les parents du jeune homme disparu en avril dernier ont joué un rôle important : le 18 février, ils avaient personnellement interpellé le suspect sur Facebook, expliquant que depuis huit mois, ils vivaient "un enfer, l'angoisse, la peur, l'espoir, le désespoir... Votre silence y est pour beaucoup."

Puisque vous ne daignez avouer qu'acculé à la preuve déterminante, nous laisserons le "dossier Arthur" parler avant vous.

Une mobilisation qui en inspire d'autres. L'avocat de la famille d'Arthur Noyer, Me Bernard Boulloud, avait ainsi annoncé le 15 février qu'il portait plainte contre X, avec constitution de partie civile, dans une autre affaire de disparition, celle de Malik Boutvillain en 2012 à Echirolles, près de Grenoble. Il souhaite cette fois qu'on s'intéresse plus précisément à la présence ou non de Nordahl Lelandais dans la région au moment des faits.

Une occasion de rouvrir des enquêtes

Même scénario dans deux enquêtes sur des disparitions dans la Drôme. D'abord celle d'un homme de 48 ans en 2016, déjà ouverte à la gendarmerie de Romans-sur-Isère mais "redynamisée" par la piste Lelandais, selon le procureur de la République de Valence. Mais aussi celle d'une jeune femme de 29 ans en 2011, un dossier clôturé en 2015 sans succès, et rouvert par le parquet, là encore pour chercher un lien avec Nordahl Lelandais.

Des tentatives lancées comme des bouteilles à la mer, mais le cas de Nordahl Lelandais est aussi une opportunité de rouvrir certains dossiers laissés en suspens par la justice. Un élément nouveau, certes mince, mais qui justifie pour les familles de victimes ou les enquêteurs de s'y pencher à nouveau.

Quitte à aboutir à de nouvelles déceptions : en septembre dernier, l'avocat du père d'Estelle Mouzin, disparue depuis quinze ans, avait demandé à la justice d'étudier un possible lien avec le suspect de l'affaire Maëlys. Peine perdue, Nordahl Lelandais était à l'étranger au moment des faits.

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