Selon les premières statistiques 2017 du ministère de l'Intérieur, les plaintes pour des violences sexuelles (viols et agressions sexuelles) ont connu une hausse de 12 % lors du dernier trimestre de l'année. Une hausse dans le sillage du mouvement initié par l'affaire Weinstein.

Les mouvements #MeToo et #balancetonporc ont fait grimper les plaintes pour violences sexuelles
Les mouvements #MeToo et #balancetonporc ont fait grimper les plaintes pour violences sexuelles © Maxppp / Christophe Petit Tesson

Le bilan statistique annuel publié par Interstats pour le ministère de l'Intérieur, qui analyse les crimes et délits enregistrés par la gendarmerie et la police, le reconnaît noir sur blanc : oui, il y a bien eu un effet "Weinstein" sur ces chiffres. Entre le dernier trimestre de 2016 et le dernier trimestre de 2017, les plaintes pour agressions sexuelles ont notamment connu un bon de 31,5 %. Le nombre de dossiers ouverts pour viol ou agression sexuelle ont augmenté de 12 % entre les deux derniers trimestres de l'année.

Cela ne veut pas forcément dire qu'il y a plus plus de viols ou d'agressions sexuelles, mais qu'ils ont plus souvent donné lieu à une procédure, y compris plusieurs mois ou plusieurs années après. "On peut y voir un effet de révélation aux forces de sécurité de faits éventuellement plus anciens, dans le contexte du mouvement de prise de parole des femmes", assure l'étude.

Un progrès certes, mais il ne faut pas oublier qu'on part de très loin. "C'est un domaine où _les chiffres sous-estiment vraisemblablement le nombre réel de victimes_", explique Interstats. "Moins d'une victime sur dix se fait connaître des forces de sécurité."

Autre facteur d'augmentation des procédures ouvertes, "des consignes de traitement plus systématique des faits portés à la connaissance de la police et de la gendarmerie", autrement dit un meilleur "accueil" des plaintes déposées.

Des profils difficiles à cerner

Au-delà des chiffres sur les plaintes et les procédures initiées par la police ou la gendarmerie, le bilan cite aussi deux études sur les violences sexuelles, pour tenter de mieux comprendre qui en sont le plus souvent les victimes, et les auteurs. Sans surprise, les victimes de violences sexuelles âgées de 18 à 75 ans sont le plus souvent des femmes (184.000 par an, contre 38.000 pour les hommes), et c'est en famille qu'ont lieu la majorité des viols et tentatives de viol. Trois femmes sur quatre les ont subis dans la sphère intrafamiliale.

Plus inquiétant, la plupart des femmes victimes recensées par l'Ined dans son étude Virage ((Violences et rapports de genres) en 2016 ne sont même pas majeures. Elles sont même 40 % à avoir moins de 15 ans au moment des faits.

Du côté des agresseurs, on constate que tous les âges sont concernés. Sur les 22.300 personnes mises en causes par des plaintes pour des crimes ou délits de violences sexuelles ou de harcèlement sexuel, plus d'un quart sont des mineurs, et un sur dix a même moins de 13 ans. 

Une seule constante quasi absolue : les mis en cause sont presque tous (à 98 % en moyenne) des hommes. 

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