27 janvier 2005, ancien camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau.
27 janvier 2005, ancien camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. © Wolfgang Kumm/dpa/Corbis

Oskar Gröning, 93 ans, a demandé pardon aux victimes, à l'ouverture de son procès mardi à Lunebourg où il est jugé pour complicité de meurtres aggravés. Il pourrait être le dernier soldat du IIIe Reich à répondre des crimes du nazisme. Le procès Gröning durera au moins jusqu'à fin juillet.

On accuse le nonagénaire d'avoir contribué à l'envoi dans les chambres à gaz de 300.000 Juifs hongrois déportés au printemps 1944 vers le camp d'Auschwitz. Engagé dans les Waffen SS en 1941, Gröning est transféré dans l'administration d'Auschwitz en 1942. L'accusation ne lui reproche aucune violence directe, mais décrit l'homme en "rouage" de l'extermination, lui qui a trié les devises des déportés pour les envoyer à Berlin, et qui a caché les bagages des précédent convoi aux nouveaux arrivants, pour éviter qu'ils comprennent leur sort et donc paniquent. On lui reproche également d'avoir assisté au moins une fois à la "sélection" séparant, à l'entrée du camp, les déportés jugés aptes au travail de ceux qui étaient immédiatement tués.

"J'étais là, tout est vrai"

Oskar Gröning, lui même a avoué ses crimes, au moins en partie, lorsqu'à la retraite, en 1985, un membre de son club de philatélie lui confie un ouvrage négationniste, déplorant l'interdiction de contester la Shoah. La démarche insupporte Gröning qui retourne le livre avec un commentaire - "J'étais là, tout est vrai".

Il se lance alors dans l'écriture d'un mémoire de 87 pages pour ses proches puis témoigne en 2003 dans un documentaire de la BBC et dans la presse allemande, notamment le Spiegel en 2005 où il explique son entrée chez les SS après une jeunesse passée dans une organisation paramilitaire. Plus doué pour les chiffres que pour le combat, il rejoint un poste administratif dès son entrée chez les SS, avant d'être affecté en 1942 à Auschwitz, en Pologne occupée, pour collecter les billets de banque des déportés et les envoyer à Berlin. Il tentera de quitter son poste pour le front, sans succès, après avoir compris ce qu'est exactement la solution finale à laquelle il adhère.

S'il demande pardon aux victimes de la Shoah, Gröning rejette tout de même sa responsabilité pénale :

Je décrirais mon rôle comme celui d'un petit rouage. Si vous qualifiez ça de culpabilité, alors je suis coupable. Mais juridiquement parlant, je suis innocent.

Ce mardi matin, le vieil homme qui a reconnu avoir été au courant de l'extermination des Juifs dès son arrivée au camp, a demandé pardont aux victimes avant de déclarer qu'il ne doute pas partager la "culpabilité morale". Concernant la question de la responsabilité pénale c'est à vous de décider", a-t-il dit à ses juges.

Le récit de Cyril Sauvageot

La transformation de la notion de culpabilité

La condamnation en 2011à Munich de John Demjanjuk, ancien gardien de Sobibor, à cinq ans de prison pour "complicité de 27.900 meurtres aggravés", condamnation basée sur sa seule fonction au sein du camp, sans preuve d'actes criminels précis, a marqué la rupture avec la ligne pronée par les tribunaux allemands pendant des décennies.

Explications avec Henrik Utterwedde, de l'institut franco-allemand de Ludwigsburg (au micro de Bertrand Gallicher)

Ce verdict a relancé une cinquantaine de procédures contre des gardiens qui n'avaient jamais été inquiétés. Gröning, témoin dans trois procès, a lui-même bénéficié d'un non-lieu en 1985.

Pour l'avocat et "chasseur de nazis" Serge Klarsfeld :

L'aspect positif, c'est la volonté de juger les criminels nazis jusqu'au dernier souffle. Mais puisqu'il est trop tard pour les décisionnaires, on étend la notion de culpabilité à un point qui ne me plaît pas.

Pour Stefan Martens, directeur adjoint de l'Institut historique allemand de Paris , ce procès permet de montrer au peuple allemand que la justice a évolué. Il était l'invité du journal de 13h.

La justice allemande a manqué à ses devoirs dans les années 50, 60, 70, 80

La procès Gröning attire des médias du monde entier

Du New York Times aux télévisions russes, les médais de toute la planète s'installent en Allemagne pour un procès, 70 ans après la libération des camps de concentration et d'extermination, qui est le dernier prévu d'un ancien nazi.

Quelque 1,1 million de personnes, dont environ un million de juifs d'Europe, ont péri entre 1940 et 1945 dans le camp d'Auschwitz-Birkenau.

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