Un couple de grands-parents français lance un appel au président de la République pour faire rapatrier leurs trois petits-enfants, seuls, sans parents, dans un camp du Kurdistan syrien, après la mort de leur mère, Française. Le père, un Allemand, vient d'être arrêté dans les rangs de l'État islamique.

Lydie et Patrice Maninchedda, viennent d'apprendre la mort de leur fille en Syrie. Ils se battent pour le retour de leurs trois petits-enfants, actuellement seuls dans un camp du Kurdistan syrien. Ils regardent ci-dessus, la photo du petit dernier
Lydie et Patrice Maninchedda, viennent d'apprendre la mort de leur fille en Syrie. Ils se battent pour le retour de leurs trois petits-enfants, actuellement seuls dans un camp du Kurdistan syrien. Ils regardent ci-dessus, la photo du petit dernier © Radio France / Sophie Parmentier

Lydie et Patrice Maninchedda avaient une fille unique, Julie. Une enfant choyée, dans une jolie maison bourgeoise du Nord de la France. Une brillante étudiante en lettres, convertie soudainement à l'islam. À 20 ans, elle s'est envolée pour l'Allemagne, où elle est tombée amoureuse de Martin Lemke, son premier mari. Avec lui, et leur premier bébé, elle s'est installée en Syrie, en 2014. Pour Lydie et Patrice, ses parents, ce fut un choc immense. Et le début d'un combat, pour tenter de la faire rentrer en France. 

Mais en Syrie, Julie, a eu d'autres enfants. Trois au total, avec son premier mari. Dans ses premiers messages, elle se disait épanouie, avec ses enfants, sous ce califat qui effrayait tant ses parents. Puis, Julie s'est séparée de son premier mari, rapidement devenu un des lieutenants gradés de Daech. Et elle s'est alors retrouvée dans une maison pour femmes, une madafa. Elle a très vite été mariée à un autre homme, dont elle venait d'avoir un dernier enfant, son quatrième. Ce nouveau-né a été découvert ces dernières semaines, enroulé dans un tapis. Mort, à côté des corps inertes de ses parents, sa mère française, son père marocain. Il n'y avait pas de trace de bombardements, selon les témoins qui viennent de réussir à joindre ces derniers jours Lydie et Patrice, pour leur annoncer la nouvelle.

"Nous savons que l'opinion publique ne veut pas d'eux. Mais Monsieur Macron, il faut faire preuve d'humanité avec nos petits-enfants"

Dans leur maison du Pas-de-Calais, Lydie et Patrice se sont effondrés. Puis ils ont foncé dans le cabinet de leur avocat parisien, Martin Pradel. Ensemble, ils viennent de rédiger une plainte pour homicide, persuadés que Julie Maninchedda, morte à 26 ans, a été tuée par son premier mari, qui ne voulait pas qu'elle quitte la Syrie avec leurs enfants. "Je veux savoir comment ma fille est morte", pleure Lydie, mère inconsolable.

Lydie est aussi aujourd'hui une grand-mère terriblement angoissée par le sort de ses petits-enfants. Ses trois petits-enfants survivants, dont elle sait depuis peu, qu'ils ont été identifiés dans l'un des camps du Kurdistan syrien, à Al-Hol : 

L'aîné a 5 ans, le deuxième 3 ans, le plus petit, 1 an. Ils se retrouvent seuls là-bas, sans parents. 

"On fait un appel à l'aide au président de la République. Ces enfants sont Français. On souhaite vivement qu'ils reviennent en France, se reconstruire, dans notre pays. Il ne faut pas les abandonner", sanglote-t-elle, aux côtés de Patrice, le grand-père, en larmes, lui aussi. "Alors que les rapatriements de dizaines d'enfants se préparent, nous demandons que nos petits-enfants le soient aussi, qu'ils ne soient pas oubliés. Nous savons que l'opinion publique ne veut pas d'eux. Mais Monsieur Macron, il faut faire preuve d'humanité avec nos petits-enfants", dit ce grand-père moustachu, âgé de 60 ans. 

À leurs côtés, leurs avocats, maîtres Martin Pradel et Marc Bailly. "La France doit assistance à ces enfants", plaide Martin Pradel. "On sait dans quel camp ils se trouvent, et il faut leur venir en aide, les sortir de ce camp. Ils sont vulnérables. La France doit prendre ses responsabilités vis-à-vis de ses trois tout petits ressortissants, qui n'ont commis aucune infraction, qui sont innocents, il ne faut pas qu'on les oublie, les rapatrier et les prendre en charge".

"Mes petits-enfants ont besoin de voir vite un psychologue"

Depuis 2015, quelque 80 enfants ont été pris en charge par l'Aide Sociale à l'enfance, à leur retour de Syrie ou d'Irak. Tous sont désormais encadrés avec le même protocole : protection de juges des enfants, qui les placent d'abord auprès de l'Aide sociale à l'enfance avant d'évaluer les situations familiales. 

Tous ces enfants sont suivis au long cours par des psychologues, ainsi que l'a demandé le Premier ministre, Édouard Philippe dans sa dernière circulaire, de février 2018. "Mes petits-enfants ont besoin de voir vite un psychologue", s'exclame Lydie, leur grand-mère, professeure dans un lycée. "J'espère qu'ils n'ont pas assisté à la mort de leur mère, avant d'arriver dans ce camp, mais je n'en suis pas persuadée. En arrivant dans le camp, le plus petit, est resté prostré, assis, pendant deux jours", raconte-t-elle, en voulant continuer à remuer ciel et terre, pour que les autorités françaises entendent son désespoir.

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