L'avocat de l'ancien numéro 1 de la lutte antidrogue, mis en examen jeudi pour complicité de trafic de stupéfiants, explique ce qu'on reproche à son client.

François Thierry, l'ancien patron des "stups", a été mis en examen. Son avocat, Francis Szpiner, s'explique.
François Thierry, l'ancien patron des "stups", a été mis en examen. Son avocat, Francis Szpiner, s'explique. © AFP / Patrick Kovarik

François Thierry, ancien numéro 1 de la lutte antidrogue, a été mis en examen pour complicité de trafic de stupéfiants dans l'une des enquêtes qui mettent en lumière les relations troubles nouées entre "stups" et indics pour faire tomber les réseaux. Interview de son avocat Francis Spziner, par Emmanuel Leclère.

Pour en savoir plus : Mise en examen de l'ancien patron des "stups"

Qu'est-il reproché à François Thierry ?

"Au départ, François Thierry était mis en examen comme auteur. Deuxièmement, il était requis contre lui une mise en examen pour association de malfaiteurs. Et enfin, le parquet de Paris souhaitait qu’il soit interdit d’activités de police judiciaire. Les juges d’instruction ont décidé évidemment de ne pas retenir l’association de malfaiteurs, de requalifier cette mise en examen en complicité. Ils ont énoncé ce qui, pour eux, justifiait cette mise en examen et, bien entendu, nous contestons formellement cette motivation. En réalité, ce que les juges reprochent à François Thierry, c’est, à un moment donné, de ne pas, parait-il, avoir saisi l’autorité judiciaire et arrêté Sofiane Hambli (l'informateur de l'Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants - Ocrtis), alors qu’il savait qu’il détenait de la drogue. C’est une absurdité quand on sait quel rôle jouait M. Hambli dans ce trafic."

Quel rôle jouait alors cet informateur ?

"L’informateur participe au trafic et l’office le sait. Si vous voulez recruter des informateurs qui ne participent pas au trafic, vous n’arrêterez jamais personne. Mais grâce aux méthodes qu’avait mises en avant François Thierry, l’office, pendant des années et grâce notamment à Sofiane Hambli, avait réalisé des prises spectaculaires et démantelé énormément de réseaux. Là, ça n’a pas marché. Mais le fait que ça n’ait pas marché, se retourner contre des policiers qui, pendant des années, ont fait leur travail, ce n’est pas digne. Parce qu’évidemment, le parquet de Paris connaissait depuis longtemps Sofiane Hambli, même si dans cette affaire, il n’y avait pas à en rendre compte puisque que ce n’était pas Paris qui avait vocation à être saisi, c’était une information qui se déroulait à Lyon. Je dis que c’est décourageant pour la police et pour la lutte contre le trafic de stupéfiants."

Sofiane Hambli extrait de prison pour "une garde à vue fictive"

Ce dossier peut-il continuer à être instruit à Paris ?

"C'est la deuxième question qui se pose, et qui se pose avec force. Quand vous avez dans ce dossier la révélation qu’à un moment donné M. Hambli, pour mettre fin à des trafics de drogue, a dû être extrait (de prison, ndlr) et que cette extraction n’a pu se faire qu’avec la bienveillance du parquet de Paris qui a participé à la mise en scène d’une garde à vue fictive, on voit bien que la connaissance qu’avait le parquet de Paris des activités de M. Hambli fait qu’un certain nombre de membres du parquet seront nécessairement amenés à témoigner. Dans ces conditions, je vois mal comment on peut instruire une affaire à Paris, quand les membres du parquet, c’est-à-dire la partie poursuivante, ont vocation à être pour le moins témoins."

François Molins, le procureur de Paris, était-il au courant des opérations secrètes d’infiltration de la police judiciaire française ?

"Le parquet de Paris était au courant de l’opération Myrmidon. Sauf à imaginer, ce qui est toujours possible, que certains substituts ou procureurs adjoints n’informent pas leur procureur de ce qu’ils entendent, il était destinataire d’un rapport qui faisait le bilan des activités de Myrmidon. Tout le monde était au courant, il y a eu des réunions partout."

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