Un mois après avoir déposé plainte contre Patrick Poivre d'Arvor pour viols, Florence Porcel se confie au micro de France Inter, radio où elle a été chroniqueuse. Elle confie ses insomnies, depuis sa plainte, ses peurs irrationnelles et sa détermination à crier sa colère et espérer justice.

Florence Porcel, écrivaine, accuse Patrick Poivre d'Arvor de viols
Florence Porcel, écrivaine, accuse Patrick Poivre d'Arvor de viols © Radio France / Sophie Parmentier

Florence Porcel a revêtu un gilet jaune soleil et enroulé une écharpe assortie, sous le ciel éclatant de ce lundi 29 mars 2021. Elle sourit mais une inquiétude se reflète dans ses immenses yeux noirs. Elle confie sa fatigue, après une nuit d'insomnie. Tant de nuits d'insomnie, depuis qu'elle a décidé de porter plainte, confie-t-elle. Depuis cette plainte pour viols, déposée contre l'ex-star de la télé, Patrick Poivre d'Arvor, Florence Porcel dort peu. Hantée par une peur devenue irrationnelle. "J'ai peur qu'il vole ma vie professionnelle, puisqu'il m'a volé tout le reste. Il a volé ma vie sentimentale, ma vie amoureuse, ma vie sexuelle, qui sont inexistantes parce que je suis incapable, à cause de lui", dit-elle  d'une voix énergique, où l'on sent poindre la colère.

"J'ai eu besoin de me décharger de cette violence, que j'ai mise entre les mains de la justice"

Florence Porcel a 37 ans. Elle est "autrice", résume-t-elle. Et aime vulgariser les sciences, notamment, sur les ondes radio ou les réseaux sociaux. Il y a quelques années, elle a été chroniqueuse sur France Inter. Son dernier roman, "Pandorini", a été publié en janvier dernier aux éditions Lattès. Et c'est peu après la parution, qu'elle a déposé plainte contre PPDA. Son livre aura agi comme un révélateur de l'urgence d'un combat judiciaire, analyse-t-elle après coup. Ce livre, elle l'a écrit pendant deux ans pour raconter "le déni, l'emprise la sidération" face à un agresseur fictif, un "archétype". Dans son roman, l'agresseur est homme de cinéma. Cette fiction, Florence Porcel a pensé qu'elle lui suffirait, pour réparer une blessure, après son long déni et des années de psychothérapie.Et puis elle explique qu'elle a appris qu'un des viols qu'elle dénonce et qu'elle croyait prescrit, ne l'était pas. C'est alors qu'elle a décidé de nommer celui qu'elle accuse de l'avoir violée deux fois, en 2004 et 2009. C'est ainsi qu'a jailli cette plainte contre Patrick Poivre d'Arvor, à peu près seize et douze ans après les faits. "J'ai eu besoin de me décharger de cette violence, que j'ai mise entre les mains de la justice". Elle a ressenti un "soulagement immédiat" avec cette plainte. Mêlé à cette crainte, de représailles. La peur de ne pas être crue, surtout, la peur d'être publiquement discréditée. "Il n'y a pas que la peur. Sur les réseaux sociaux, j'ai été traitée de menteuse". 

Florence Porcel date les premiers faits à l'hiver 2004, le 8 novembre, à TF1. "Patrick Poivre d'Arvor m'a invitée à assister à un JT à TF1. Moi, je l'avais contacté auparavant parce j'avais été touchée par ses livres". A l'époque, Florence Porcel avait 21 ans, des rêves d'écriture, voulait avoir "des conseils pour que les éditeurs repèrent mes manuscrits parmi des centaines d'autres". Elle était une jeune fille fragile encore en convalescence, après quatre ans de bataille contre une tumeur au cerveau. Elle devait encore subir une opération pour l'une de ses paupières. Ce soir-là, dans la grande tour de TF1, sur le plateau du journal le plus regardé de France, elle se souvient qu'elle était "très impressionnée" par le présentateur, journaliste chouchou des Français, écrivain qu'elle admirait. Après le journal, elle se souvient qu'il l'a invitée dans son bureau, lui a proposé un verre d'alcool, elle a choisi un jus d'orange. "Et il est allé fermer la porte et m'a dit comme ça, on sera plus tranquilles, ce qui m'a un peu étonnée parce moi j'étais tout à fait tranquille". 

"Clairement, il a agi avec moi comme un prédateur avec une proie. Je n'en étais pas consciente au moment où ça se produisait". 

Plus de seize ans après, Florence Porcel raconte à quel point tout a été "très insidieux". Car elle se souvient "qu'il a commencé par me mettre à l'aise, et puis tout à coup, il a basculé, j'ai senti dans son regard, dans sa posture, un changement brutal, brusque". Elle affirme que PPDA est passé ce soir-là "d'un homme accueillant, essayant de mettre à l'aise, à un danger qui a fondu sur moi, sans crier gare, sans me laisser aucun moyen de pouvoir réagir". A l'époque, Florence Porcel n'avait eu aucune expérience amoureuse, pas même un baiser, et elle assure que Patrick Poivre d'Arvor le savait. Elle se rappelle avoir été "tétanisée, pétrifiée, déconnectée". Elle se souvient qu'il était "très grand, je suis toute petite" et "son statut social faisait qu'il était dans une position où il avait tout pouvoir et où j'étais personne dans son bureau". Florence Porcel dit qu'elle n'a pas saisi instantanément la réalité de ce qu'elle dénonce aujourd'hui clairement comme un viol. Mais en 2004, elle pense que "c'était d'une telle violence, alors que j'essayais encore de survivre avec ce que je venais de vivre avec cette tumeur au cerveau, pour moi, la seule manière de continuer ma vie, était de me dire il ne m'arrivera plus jamais rien de moche".  

Ainsi, a commencé le déni, selon elle. Après ce mois de novembre 2004, quelques messages furent échangés avec Patrick Poivre d'Arvor. Seul lui avait ses coordonnées, dit-elle. Puis ils se sont revus, une fois, en 2008. Une relation consentie. Elle pense s'être persuadée qu'elle était "amoureuse", "mais au fond de moi je sentais bien qu’il y avait un problème et j’étais toujours dans cette ambivalence". Elle justifie cette rencontre en 2008, "je l’ai revu car je voulais reprendre la maîtrise sur ma vie, sur mon propre corps et j’ai voulu le revoir dans un contexte que je choisissais moi pour reprendre un minimum de contrôle sur cette histoire". Elle avait alors 24 ans. L'année suivante, en 2009, Florence Porcel décrit un nouveau viol. 

"Ce qui me rend dingue dans cette histoire, c'est l'impunité et j'espère que ma plainte avec d'autres permettront de dire que l'impunité, c'est terminé"

"J’ai su tout de suite que c’était un viol", affirme-t-elle, évoquant "le même mode opératoire" et "les situations un peu différentes. Il n’était plus à TF1 depuis un an. C’était dans un autre bureau". Il y a des silences dans les phrases de Florence Porcel quand elle raconte. Parce que c'est "difficile", s'excuse-t-elle. Elle s'excuse aussi de sa fatigue. Et explique qu'elle préfère ne garder les détails que pour les enquêteurs qui l'ont entendue récemment. "L'exercice de l'audition" lui a semblé "éprouvant" parce que "on met toute pudeur de côté". Mais elle ne regrette pas ce dépôt de plainte, au contraire. Car elle a reçu des messages de soutien, aussi nombreux que les messages douloureux de ceux qui l'ont dénigrée sur les réseaux sociaux. Dans le sillon de sa plainte, d'autres femmes se sont mises à dénoncer elles aussi des agressions de la part de Patrick Poivre d'Arvor, à des degrés divers. À ce jour, aucune autre femme ne semble avoir porté plainte pour viols contre PPDA, mais plusieurs femmes de différentes générations ont été entendues par la justice, très récemment, comme Florence Porcel. L'écrivaine espère que comme elle, d'autres femmes déposeront des plaintes, "pour dire aux agresseurs, aux hommes qui continuent d'agresser, que OK, ils continuent d'agresser, mais nous maintenant, on ne se tait plus, on porte plainte, on met les affaires devant les tribunaux et l'impunité, c'est terminé".

Florence Porcel espère que Patrick Poivre d'Arvor sera jugé lors d'un procès, même si elle redoute aussi cet épilogue possible. Pour l'instant, PPDA n'a pas encore été auditionné par les enquêteurs de la BRDP -la brigade de la délinquance contre la personne- chargés de l'enquête préliminaire à Nanterre. Il n'a pris la parole publiquement qu'une seule fois depuis ces accusations, sur le plateau de "Quotidien", dans l'émission de Yann Barthès, niant toute violence, toute relation imposée, ne concédant que "ce comportement où il y avait parfois des petits bisous dans le cou", assumant son côté Dom Juan, estimant n'avoir jamais "fait de drague lourde". Des propos qui avaient révolté Florence Porcel. Elle assure qu'en tout cas, PPDA n'a pas cherché à entrer en contact avec elle depuis cette plainte. 

Me Jacqueline Laffont, l'avocate de Patrick Poivre d'Arvor précise à France Inter que PPDA "réserve sa parole et ses pièces aux enquêteurs". Son premier avocat, Me François Binet, avait prévenu dès le dépôt de plainte de Florence Porcel qu'il entendait contre-attaquer en déposant plainte à son tour pour dénonciations calomnieuses et diffamation. Dans un texte publié sur sa page Facebook, le mois dernier, Patrick Poivre d'Arvor, 73 ans, écrivait : "Pour moi, la défense de la cause des femmes a toujours été un sujet de première importance. Je vis donc très douloureusement ces attaques. Et ma famille comme mes proches les jugent insupportables". Insupportable, c'est aussi un mot qui revient dans la bouche de Florence Porcel, qui promet de ne plus se taire et de continuer à se battre pour réclamer justice."Je suis déterminée, je ne veux pas d'impunité", conclut-elle.

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