Le directeur de cabinet du Président de la République avait saisi la justice mercredi avant de se présenter devant les sénateurs et de charger l'ancien collaborateur en charge notamment de la coordination des déplacements privés d'Emmanuel Macron. L'ancien chargé de mission de l'Élysée a été arrêté ce jeudi.

Alexandre Benalla devant la commission d'enquête du Sénat en septembre 2018
Alexandre Benalla devant la commission d'enquête du Sénat en septembre 2018 © AFP / Alain Jocard

Ce fut l’un des temps fort des nouvelles auditions de la commission des lois du Sénat ce mercredi 16 Janvier 2019 dans son enquête parlementaire sur l’affaire Benalla. 

Les ministres Christophe Castaner et Jean-Yves Le Drian avait été convoqués après les dernières révélations sur l’utilisation d'un passeport diplomatique par Alexandre Benalla, après son éviction fin Juillet de l'Élysée (des passeports utilisés à une vingtaine de reprises, y compris au Tchad selon l'Elysée et le ministère des Affaires étrangères). Mais c’est le directeur de cabinet du chef de l’État, Patrick Strzoda, qui a sonné la charge. Il a révélé avoir transmis mercredi à la justice un document selon lui falsifié par le plus célèbre des ex-chargés de mission de l’Élysée…

Un document suspect sans signature à en-tête de l'Elysée

Mis en cause à plusieurs reprises ces derniers mois, Patrick Strzoda avait décidé de contre-attaquer, et il est arrivé devant les sénateurs avec plusieurs munitions pour enfoncer un peu plus l’ex-chargé de mission au sein du cabinet présidentiel qu'il dirige. D’abord sur un téléphone crypté (appelé Teorem) qu’Alexandre Benalla n’a effectivement pas rendu le 1er août dernier, comme l'a révélé le Canard Enchaîné (même  s'il n'est pas "Secret Défense" et qu'il ne l'a en fait pas utilisé depuis le 1er Juillet dernier). Il parle d’un nouveau "dysfonctionnement" des services internes à l’Élysée, qui auraient dû le récupérer. Patrick Strzoda attendait mercredi soir l’explication avant d’en tirer "toutes les conséquences".

Mais il y a aussi et surtout ce document suspect qui avait permis à Alexandre Benalla d’obtenir l’un de ses passeports…

L'ancien chargé de mission de l'Élysée a obtenu un passeport de service qu'il avait sollicité auprès du ministère de l'Intérieur par "une note dactylographiée à en-tête du chef de cabinet de l'Élysée non signée" selon P. Strzoda. Un document transmis mercredi matin au procureur de la République de Paris. Le plus haut fonctionnaire de l'Élysée a reconnu avoir eu connaissance de ce document suspecté d'être faux "dans le courant de l'automne".

D'autres soupçons de fraudes ? 

"À ce moment-là, j'ai considéré que le problème était réglé puisque les passeports [de service, ceux délivrés par le ministère de l'Intérieur, NDLR], d'une part, étaient invalidés depuis le 30 juillet et ensuite toutes les démarches avaient été faites pour obtenir leur restitution. Récemment, au vu de l'enquête préliminaire ouverte par le procureur de la République, c'est sur la base d'abus de confiance et d'utilisation frauduleuse des titres (les passeports diplomatiques) que j'ai souhaité qu'on verse cet élément supplémentaire au dossier. Parce qu'on est confronté à un monsieur qui visiblement utilise régulièrement des faux pour obtenir un certain nombre de titres officiels".

Quelques minutes plus tard, face aux sénateurs, Patrick Strzoda revenait quelque peu sur ces accusations en rafale et ces autres fraudes possibles d’Alexandra Benalla, en se contenant d’affirmer qu’il y a au moins un très fort soupçon de falsification pour obtenir un passeport.

Ce jeudi, Alexandre Benalla a finalement été placé en garde à vue, selon le parquet de Paris, dans le cadre de l'enquête sur l'usage de ses passports diplomatiques. Une enquête préliminaire avait été ouverte le 29 décembre pour "abus de confiance" et "usage sans droit d'un document justificatif d'une qualité professionnelle". Elle a été étendue aux chefs de "faux, usage de faux et obtention indue d'un document administratif" le mercredi 16 janvier.

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