Une audition très attendue cet après-midi: celle du commissaire Joël Specque, l’ancien patron de la brigade criminelle de Lille. Avec cette question: y a-t-il eu une enquête avant l’enquête officielle, avec des écoutes téléphoniques hors du cadre judiciaire? Depuis le début des éléments alimentent les soupçons d’une surveillance destinée à faire tomber la probable candidature à la présidentielle de Dominique Strauss-Kahn.Certains de ces éléments figuraient déjà au dossier d'instruction. Il y a ce témoignage de Loïc Lecapitaine, un policier lillois, qui doit également témoigner aujourd'hui: il raconte qu'à la fin de l'année 2010, il se disait déjà dans la police du Nord que René Kojfer, le chargé des relations publiques du Carlton, "l'homme qui connait tout le monde", était sur écoutes. L'enquête préliminaire n'est pourtant ouverte que le 2 février 2011, sur la base d'un "renseignement anonyme". Le 25 avril, une écoute téléphonique, qui ne sera versée au dossier que plusieurs mois plus tard, révèle un échange étonnant entre René Kojfer, et son ami Frédéric Veaux, alors numéro 2 de la DCRI, le renseignement intérieur. Celui-ci lance dans la conversation le nom de DSK, et demande à Kojfer s’il a déjà "fait des partouzes" avec le patron du FMI. On est moins d'un mois avant l'arrestation de DSK à New York dans l'affaire du Sofitel.Lundi, plusieurs avocats de la défense ont demandé l'annulation de la procédure, ou une nouvelle enquête (un complément d'information). A l'origine de ce rebondissement, Me Olivier Bluche, l’avocat du commissaire Jean-Christophe Lagarde. Il s’est emparé du livre publié l'année dernière par Joël Specque, "Vrai flic". L’ancien patron de la brigade criminelle de Lille, raconte qu’il a lancé l’affaire du Carlton: "il a désigné un groupe d'enquête en juin 2010, et pourtant l'enquête officielle ne démarre qu'en février 2011, s'interroge Me Bluche. Où sont passés les huit mois d'enquête entre juin 2010 et février 2011? On a mis sur ce dossier des moyens hors norme. Jamais dans un dossier de proxénétisme hôtelier on n'a recours à des écoutes administratives".L'enquête préliminaire est en fait ouverte pour proxénétisme "en bande organisée", un chef criminel qui peut justifier, a posteriori, d'avoir demandé des écoutes administratives (on ne sait pas si c'est bien le cas, il aurait fallu l'autorisation de la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité à Matignon). Des écoutes préalables dont la justice n'a ensuite "pas à avoir connaissance" a rappelé le procureur Frédéric Fèvre.La déposition du commissaire Joël Specque est donc très attendue cet après-midi. Lui affirme que sa cible était Dodo la Saumure, le proxénète qui narguait la police française depuis son installation en Belgique. Mais a-t-il "triché" avec la procédure pour aboutir à ses fins ? Frédéric Veaux, lui, avait démenti avoir surveillé DSK. Le tribunal correctionnel de Lille a décidé de laisser le procès se dérouler, et de trancher à la fin sur une éventuelle annulation de la procédure, peu probable.

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