Me Arnaud Dupin pendant sa plaidoirie par Matthieu Boucheron
Me Arnaud Dupin pendant sa plaidoirie par Matthieu Boucheron © Esba TALM - Angers

Après un réquisitoire qui a réclamé cinq années d’emprisonnement avec sursis, Me Arnaud Dupin se lève. Il est le premier à plaider pour la défense de Nicolas Bonnemaison.

Non, il n’y a pas de difficulté, non il n’y a pas de procès difficile, pas plus qu’il n’y a de grand procès. Vous êtes ici parce que depuis 200 ans des hommes et des femmes se voient confier la responsabilité de juger. Une seule chose va vous guider: vos convictions, votre intime conviction. Il n’y a que celle-là qui m’intéresse. Monsieur l’avocat général avant même d’entrer dans cette salle savait qu’il allait requérir une peine à son encontre, savait qu’il allait le demander coupable d’un crime. Il allait le faire parce que parquet de Pau n’a pas surppoter que le docteur Bonnemaison soit acquitté par des hommes et des femmes comme moi, comme vous.

Si vous le déclarez coupable, c’est qu’il n’y aura pas de différence entre lui et un homme qui tue avec un revolver ou un couteau.

Evoquer ce dossier c’est malheureusement impossible de le faire sans évoquer la mort. La mort ramène inexorablement à ce sentiment affreux d’avoir perdu quelqu’un de cher.

Tous les patients dont on a parlé ici avaient malheureusement déjà enclenché le processus mortel. On voudrait tous mourir entouré de ceux qui nous sont chers. Mais c’est idéal et depuis 20 ans, on meurt à l’hôpital. Il y a des médecins qui, même au fond d’une petite unité d’hospitalisation, prennent leur responsabilité. Ce n’est pas parce qu’ils sont tout-puissant. Dire que le docteur Bonnemaison est tout-puissant quand il tue des gens, c’est ignoble, c’est indigne.

Vous ne devriez pas perdre à l’esprit ce qu’est l’empoisonnement. La cour de Cassation en 2003, a précisé que pour le crime d’empoisonnement il fallait une intention spéciale : celle de donner la mort. Ce n’est pas parce que vous administrez une substance létale que vous avez l’intention de donner la mort. On n’empoisonne pas par imprudence.

On préfère vous arracher cette petite condamnation, parce que tout le monde serait soulagé. Mais vous n’avez de compte à rendre à personne.

L’homicide qu’on vous demande aujourd’hui de qualifier n’existe pas.

N’oubliez pas ces gens qui n’ont pas eu accès à une médecine du coeur. Je vous respecte tout autant que vous respecterez le docteur Bonnemaison. Vous ponctuerez ce long parcours judiciaire par une décision qui sera normal. Parce que vous êtes le peuple, parce que oui, vous êtes capable de l’acquitter. Rendez-lui sa dignité. Acquittez-le et dites nous : ce n’est pas un criminel.

Me Arnaud Dupin pendant sa plaidoirie par Mathilde Beaufils
Me Arnaud Dupin pendant sa plaidoirie par Mathilde Beaufils © Esba TALM - Angers

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