L'OIP a perdu 66% de ses subventions publiques en cinq ans. Aujourd'hui, les aides de l'État et des collectivités territoriales représentent moins d'un quart de ses ressources. L'association appelle à un sursaut citoyen et politique pour ne pas mettre la clé sous la porte.

L'OIP lance un appel aux dons pour continuer son travail sur les conditions de vie en prison
L'OIP lance un appel aux dons pour continuer son travail sur les conditions de vie en prison © Radio France / Oihana Larzabal

L'Observatoire international des prisons (OIP) n'a jamais été si peu soutenu financièrement par l'État alors que le nombre de détenus a battu  un record cette année. Ils étaient près de 72 000 début avril, contre 67 000 en 2014  et 50 000 en 2000. Or, l'association a perdu 66 % de ses subventions publiques en cinq ans. Le budget 2019 de l'association est déficitaire de 140 000 euros.

"Pour nous c'est le reflet du peu de considération qu'on porte aux personnes incarcérées et à l'état des prisons en France",  regrette Cécile Marcel, directrice de l'OIP, association qui agit pour le respect des droits de l'Homme en milieu carcéral. Un appel aux dons de particuliers et d'organismes privés, en plus d'un appel à un sursaut des pouvoirs publics, est donc lancé comme ultime recours. 

Plus de 280 000 euros d'aides en moins par an 

En 2014, les aides de l'État et des collectivités territoriales correspondaient à la moitié des ressources de l'OIP. Aujourd'hui, elles n'en représentent plus qu'un quart soit 282 000 euros de moins qu'il y a cinq ans.

Ces dernières semaines plusieurs collectivités territoriales et organismes ont décidé d'arrêter de soutenir l'OIP. Le ministère des Outre-mer qui aidait à financer des actions auprès des détenus ultramarins en fait partie, tout comme le Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET) soutenant jusqu'alors leurs missions d'accès au droit en détention. 

Six des huit régions qui finançaient l'OIP en 2014 ont supprimé leurs subventions : Île-de-France, Rhône-Alpes-Auvergne, Hauts-de-France, Paca, Grand-Est et Nouvelle-Aquitaine. 

Les conseils généraux de Seine-Maritime et du Pas-de-Calais ont supprimé leurs subventions en 2015 et 2016. 

Un virage à droite coûteux 

La directrice de l'association voit notamment un choix politique à travers ces retraits, celui de ne pas soutenir une association souvent critique des politiques publiques. "En 2015, la plupart des régions sont passées à droite. Jusque là, on avait 180 000 euros des régions et des collectivités locales. Aujourd'hui nous percevons 53 000 euros", déplore Cécile Marcel. 

L'association pointe également le gel de ses contrats aidés, la suppression partielle de l'impôt de solidarité sur la fortune qui a engendré une baisse des dons depuis 2018, mais encore l'arrêt du dispositif des réserves parlementaires représentant une perte de 30 000 euros par an pour l'OIP. 

On sera obligé de réduire nos effectifs [...] et de peut-être mettre la clé sous la porte.

D'après Cécile Marcel, l'OIP est d'ores et déjà en péril, "si on n'obtient pas nos financements à court terme, on sera obligés de réduire nos effectifs et à moyen terme peut-être de mettre la clé sous la porte." 

Enquêtes, recherches et informations sur les conditions de détention 

L'association est en contact quotidiennement avec des détenus, leurs proches, des avocats, des soignants mais encore les surveillants. D'après l'OIP, ce désengagement financier met en péril un interlocuteur pour des dizaines de milliers de personnes directement ou indirectement concernées par une incarcération. Un site Internet d'informations, un journal trimestriel et des guides seraient également menacés.

L'OIP produit également des rapports issus d'investigations analysant la situation des prisons, de leurs salariés et des détenus. Le dernier date de juin dernier "Omerta, Opacité, Impunité : enquête sur les violences commises par des agents pénitentiaires sur les personnes détenues".

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