Après 5 ans de bataille juridique, la justice a finalement débouté les pro-corrida, et considère désormais que la tauromachie ne fait plus partie du Patrimoine immatériel français.

Le matador espagnol Alejandro Talavante lors du festival San Fermin de Pamplona, le 11 juillet 2016.
Le matador espagnol Alejandro Talavante lors du festival San Fermin de Pamplona, le 11 juillet 2016. © AFP / Ander Gillenea

C’était le dernier recours des pro-corridas. Le Conseil d’Etat l’a refusé. L’inscription de la corrida à l’inventaire du patrimoine immatériel de la France doit donc "être regardée comme abrogée" : ce sont les mots de la cour administrative d’appel de Paris.

C’est en 2011 que la corrida est inscrite à ce patrimoine. Tollé parmi les anti-corridas. A tel point que "le ministère de la Culture a décidé de retirer la fiche technique de la corrida de leur inventaire en ligne. La fiche a disparu, mais pas l’inscription !", affirme André Viard, le Président de l’Observatoire national des cultures taurines, et ancien matador. Le ministre de la Culture de l’époque, Frédéric Mitterrand, dira dans ses Mémoires que cette inscription s’était faite à son insu.

Deux associations, le CRAC (Comité radicalement anti-corrida) et le DDA (Droit des animaux) décident alors de saisir la justice. Victoire en appel : en 2015, les juges considèrent que le retrait de la fiche sur le ministère de la Culture vaut abrogation.

Déboutés en cassation

Dans l’arène juridique, les pro-corridas ne s’avouent pas vaincus. L'Observatoire national des cultures taurines et l'Union des villes taurines de France tentent de se pourvoir en cassation. Revers pour les défenseurs de la corrida : le 27 juillet 2016, le Conseil d’Etat rejette leur demande. Pourtant, "en 2015 encore, le ministère de la Culture certifie que la tauromachie a été légitimement inscrite en 2011, et qu’elle est toujours inscrite au patrimoine immatériel de la France", se désole André Viard. Sauf que l’Etat ne se pourvoit pas en cassation pour défendre cette position. "Implicitement, le gouvernement s’est rangé du côté des animalistes, puisqu’il n’a pas permis au monde taurin de remporter cette victoire, que nous remporteront un jour ou l’autre", promet André Viard.

Du côté des pro-corridas, on se félicite de ce succès, certes, mais avec une pointe d’amertume :

C’est une victoire symbolique, car concrètement, cela ne change rien à la pratique de la corrida, et aucun animal ne sera sauvé

David Chauvet est le cofondateur de l’association Droit des Animaux. "Mais sans ce déclassement, la corrida aurait été sanctuarisée, ce qui aurait mis des bâtons dans les roues de la lutte anti-corrida", poursuit-il.

Depuis 1951, la loi française, qui interdit par ailleurs la cruauté envers les animaux, autorise la pratique de la corrida dans certains territoires, "lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée".

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