L'abusée serait-elle devenue abuseur ? Les choses ne sont pas encore très claires en ce qui concerne le cas de l'actrice italienne Asia Argento. Ce qui est sûr, c'est qu'aux États-Unis verser de l'argent pour éviter la justice semble monnaie courante.

Contrairement au système judiciaire français, les États-Unis, lorsqu'il s'agit d'actions civiles, encouragent les arrangements à l'amiable.
Contrairement au système judiciaire français, les États-Unis, lorsqu'il s'agit d'actions civiles, encouragent les arrangements à l'amiable. © Getty / EyeEm / Tatna Maramygina

"Deal" ou "procès" ? Aux États-Unis la question se pose plus souvent qu'on ne le pense. Et dans certains cas, il se trouve que la réponse est plutôt "deal". 

Le dernier cas en date est celui de l'actrice italienne Asia Argento. Elle a versé un montant de 380 000 dollars à Jimmy Bennet, 22 ans, acteur et musicien de rock. C'est ce qu'a révélé, dimanche 20 août, le New York Times d'après des documents envoyés par une source anonyme. Jimmy Bennet affirme que l'actrice l'a agressé sexuellement dans une chambre d'hôtel, en Californie, lorsqu'il avait 17 ans. L'âge légal du consentement à une relation sexuelle en Californie est de 18 ans. Au moment des faits, Asia Argento était âgée de 37 ans. 

Selon les documents consultés par le New York Times, la déclaration d'intention de poursuite en justice contre la comédienne portait sur une demande de 3,5 millions de dollars de dommages et intérêts pour avoir "infligé de manière intentionnelle [à Jimmy Bennet] une détresse émotionnelle et des pertes de salaire."  

Asia Argento lors du Festival de Cannes en mai 2018
Asia Argento lors du Festival de Cannes en mai 2018 © Getty / Gareth Cattermole

Juridiquement la signature de cette transaction ne vaut pas comme une reconnaissance de culpabilité, précise Christopher Mesnooh avocat aux barreaux de Paris et de New-York. "D'ailleurs la plupart, sinon la quasi-totalité de ce genre de contrat stipule qu'il n'y a aucune reconnaissance de culpabilité, précise-t-il. Mais dans la réalité on ne paie pas 380 000 dollars à quelqu'un juste pour 'l'aider dans la vie'. Il s'est passé quelque chose entre ces deux personnes et Mme Argento a décidé qu'elle avait intérêt à ce qu'on n'en parle plus. Donc au sens pénal, il n'y a pas de reconnaissance de culpabilité. Mais il y a bien reconnaissance d'une situation maladroite qu'elle souhaitait clore."

L'arroseur arrosé 

Il se trouve qu'Asia Argento est l'une des figures qui incarne le mouvement #Metoo qui dénonce le harcèlement et les agressions sexuelles. Elle est l'une des premières femmes à avoir accusé publiquement Harvey Weinstein de l'avoir violée lors du Festival de Cannes, en 1997. Elle avait alors 21 ans.  

Si pour le moment rien n'a encore été prouvé, les faits sont là : Asia Argento a versé de l'argent à ce jeune homme qui l'accuse d'agression sexuelle. Et cela pourrait ne pas en rester là. "Un procureur, s'il considère qu'il faut enquêter, peut se saisir de l'affaire, détaille Christopher Mesnooh. Dans ce cas, on aura à faire aux mêmes questions que pour toutes autres plaintes : une question de prescription, une question de preuves et une question de témoins… Mais la signature de ce protocole pourrait apporter de l'eau au moulin de M. Bennet." 

Le deal passé entre Asia Argento et Jimmy Bennet n'est ni le premier, ni le dernier. Et aux États-Unis c'est une pratique plutôt répandue afin d'éviter de se retrouver face à la justice, souvent trop longue et très coûteuse.  

L'affaire DSK VS Nafissatou Diallo 

Elle avait défrayé la chronique, opposant Dominique Strauss-Kahn à la femme de chambre Nafissatou Diallo. Cette dernière a accusé, le 14 mai 2011, l'ex-directeur général du FMI d'agression sexuelle, dans une chambre de l'hôtel Sofitel, à New-York. Dominique Strauss-Kahn a toujours nié les faits et plaidé "non coupable".

Nafissatou Diallo quitte la Cour suprême du Bronx accompagnée de son avocat Kenneth Thompson, à New York, le 10 décembre 2012.
Nafissatou Diallo quitte la Cour suprême du Bronx accompagnée de son avocat Kenneth Thompson, à New York, le 10 décembre 2012. © AFP / EMMANUEL DUNAND

Après l'échec d'une procédure pénale, deux plaintes sont déposées par Nafissatou Diallo et par Dominique Strauss-Kahn, lui-même, devant un tribunal civil. En décembre 2012, une transaction financière intervient entre les deux parties et clôt définitivement l'affaire. Nafissatou Diallo aurait touché une somme – jamais confirmée – de 1,5 millions de dollars dans le cadre de l'accord de règlement de litige passé avec les avocats de Dominique Strauss-Kahn. Ce "deal" a permis de mettre fin à un long feuilleton judiciaire.  

Le Stormygate

Cette fois, l'histoire concerne l'actuel président des États-Unis. En 2006, Donald Trump aurait eu une liaison extraconjugale avec Stephanie Clifford, également connue sous son nom d'actrice pornographique "Stormy Daniels". 

En octobre 2016, dix jours seulement avant l'élection présidentielle américaine, Stephanie Clifford signe une clause de confidentialité avec Michael Cohen, avocat de Donald Trump, pour ne jamais évoquer son histoire avec le futur président. Pour acter son silence, elle reçoit un versement de 130 000 dollars de la part de Michael Cohen. 

En juillet 2018, Michael Avenatti, l'avocat de l'actrice, avait annoncé qu'il représentait trois autres femmes qui auraient reçu de l'argent pour taire leurs prétendues relations avec Donald Trump. "Trois femmes de plus", avait-il tweeté. Et d'ajouter : "Toutes ont reçu de l'argent pour se taire. Il est l'heure pour Michael Cohen et Donald de dire 100 % de la vérité au peuple américain." 

25 millions de dollars pour éviter de témoigner

En 2016, ce n'est pas à une affaire de mœurs à laquelle est mêlée le président américain. Mais Donald Trump se voit de nouveau obligé de sortir son chéquier. Il a versé 25 millions de dollars à des étudiants qui accusaient la Trump University de les avoir escroqués. Cet établissement promettait de révéler les secrets pour faire fortune dans l'immobilier. Seulement voilà, pour y accéder il fallait débourser jusqu'à 35 000 dollars. 

La désillusion est rapidement apparue sur le campus et les étudiants se sont sentis dupés. Ils assuraient n'avoir eu droit qu'à des séminaires coûteux et de mauvaise qualité. Selon plusieurs dépositions d'anciens employés, les formations étaient dispensées par des gens "non qualifiés qui se faisaient passer pour des 'bras droits' de Donald Trump." 

Ce deal a permis à Donald Trump de ne pas témoigner devant le tribunal de San Diego et d'enterrer cette affaire rapidement. D'autant qu'à cette époque l'ex-magnat de l'immobilier faisait campagne pour décrocher le siège de la Maison Blanche. 

Les tribunaux encouragent les arrangements à l'amiable 

Contrairement au système judiciaire français, les États-Unis, lorsqu'il s'agit d'actions civiles, encouragent ces arrangements à l'amiable :  

"Pour éviter les frais et les délais liés à la tenue d'un procès, les juges encouragent les plaideurs à tenter de trouver un accord pour régler leur différend. Les tribunaux encouragent le recours à la médiation, à l'arbitrage et à d'autres formes de règlement extra-judiciaire des différends, conçus pour régler un différend sans avoir à subir de procès ou à engager d'autres procédures judiciaires", est-il écrit sur le site de la justice fédérale des États-Unis

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