"J'aimerais faire une déclaration qui n'est pas sur les faits". Claire Thibout vient d'apparaître en gros plan, sur les écrans de retransmission de la visioconférence installée pour son audition. L'ancienne comptable, pas en état psychologique de se présenter à la barre du tribunal correctionnel de Bordeaux, témoigne depuis le tribunal de grande instance de Paris.

Même par écran interposé, les avocats de la défense l'attendent de pied ferme. Alors, comme pour retarder un peu le feu des questions, Claire Thibout se lance dans une longue déclaration.

Je dois beaucoup à monsieur et madame Bettencourt, ils m’ont toujours traitée avec beaucoup de bienveillance, c’est une grande chance d’avoir travaillé pour eux. Au fil des années, s’était nouée entre moi et eux une relation qui dépassait le cadre de mon travail. C’est avec tristesse que j’ai assisté à la lente agonie de monsieur Bettencourt et à la perte des facultés physiques et intellectuelles de madame Bettencourt et à la main mise de son entourage.

J’affirme également pour avoir souvent vue Françoise avec sa maman que toutes les horreurs qui ont été dites au sujet de leur relation n’ont rien à voir avec la vérité. Elle en a été émue jusqu’aux larmes.

Il y a maintenant plus de huit ans, madame Meyers a décidé de déposer plainte contre monsieur Banier. J’ai fait une attestation. Il était de mon devoir de le faire car c’était elle la seule capable de mettre fin à la situation de plus en plus choquante et sordide où se trouvait sa mère dont j’étais le témoin à la fois privilégié et impuissant.

La famille a été bouleversée mais je ne regrette pas de l’avoir fait. Je sais cependant qu’en rédigeant cette attestation je prenais le risque de perdre mon travail. Comme tout le reste du personnel qui a eu le courage de témoigner, j’ai été licenciée.

Ça a été le début d’une véritable descente aux enfers pour moi et ma famille. Avec les enregistrements, des choses inavouables ont été révélées qui ont fait entrer cette affaire dans une autre dimension.

Sur la pression de la police, parfois jusqu’à mon domicile, j’ai été obligée de dire des choses secrètes tues jusque là. Je sais maintenant à mes dépens que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. J’estime injustifiable et indigne le traitement dont je suis l’objet depuis lors. Tout a été fait pour essayer de me faire revenir sur mes propos. J’ai été moquée, insultée, traitée de mythomane, de manipulatrice, voire de voleuse.

Mon mari a dû fermer son entreprise et n’a pratiquement plus été capable de travailler depuis 8 ans. Mes enfants ont été perturbés dans leurs scolarités. Depuis 8 ans, je suis suivie par un psychothérapeute et obligée de prendre des médicaments pour pouvoir tenir. Je trouve que c’est très cher payé pour avoir dit la vérité.

Chacun sait que voici quelques semaines un juge d’instruction parisien m’a mise en examen pour faux témoignage. Moi qui n’avais jamais eu affaire à la justice, je vois qu’elle peut parfois être une véritable machine à broyer. Aujourd’hui, je l’avoue, je suis à bout et j’ai peur. Non pas d’affronter la vérité mais que la justice ne reconnaisse pas ma bonne foi.

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