Cash dogs, ciblage des voyageurs, ouverture d'enquête plus systématique : la douane monte en puissance dans la lutte contre le blanchiment

La douane a investi massivement dans de nouveaux outils de détection d’argent
La douane a investi massivement dans de nouveaux outils de détection d’argent © Douane française

Vous pensez qu'aujourd'hui l'argent voyage surtout par les circuits bancaires ? Pourtant chaque année ce sont près de deux milliards d'euros qui passent nos frontières, en cash, après déclaration à la douane (obligatoire à partir de 10 000 euros). Quant à l'argent qui n'a pas été déclaré, 68,5 millions d'euros n'ont pas échappé l'an dernier à la sagacité des douaniers, un chiffre en hausse de 28,6%. Le flux le plus important vient de la Suisse: avec la fin du secret bancaire, l'argent caché revient en France, parfois de la même manière qu'il est parti, dans des mallettes. Le service national de douane judiciaire (SNDJ) a aussi mis la main en 2016 sur 149 millions d'euros d'avoirs criminels (+170%!).

Ces résultats spectaculaires, que le ministre de l'Economie Michel Sapin le secrétaire d'Etat au budget Christian Eckert présentent ce matin à Bercy, traduisent surtout le renforcement de la douane dans la lutte contre l'argent sale. La douane a décidé depuis deux ans d'en faire l'un des piliers de son action, puisque les flux financiers illicites sont indissociables des trafics explique Jean-Paul Balzamo, sous-directeur en charge des affaires juridiques, du contentieux, contrôle et lutte contre la fraude:

"L'administration des douanes s'est d'abord occupée de tous les phénomènes de contrebande qui portaient sur les marchandises. Sauf que le nerf de la guerre de tous les trafics, stupéfiants, tabac ou contrefaçon c'est l'argent. Nous sommes au troisième millénaire et on voit encore beaucoup de personnes physiques transporter de l'argent avec des valises. Et donc l'agent des douanes la question qu'il se pose c'est pourquoi une personne prend de tels risques, de se faire contrôler ou même de se faire voler une telle somme d'argent? Notre orientation extrêmement volontariste c'est de dire non seulement on va lutter contre les trafics portant sur les marchandises prohibées mais aussi sur le nerf de la guerre en se réorientant sur les flux financiers illicites."

Mallettes de billets et lingots d'or

Bon nombre d'affaires de blanchiment sont liées au trafic de stupéfiants. Les douaniers d'Hendaye ont ainsi découvert en avril dernier 300 000 euros derrière la banquette arrière d'un véhicule, dans une cache qui devait aussi servir à transporter de la drogue. Dans d'autres cas, seule une enquête judiciaire permettra de découvrir d'où vient l'argent présumé sale, comme ces 350 000 euros et 8 lingots d'or saisis en janvier 2016 à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry sur des passeurs tunisiens en partance pour Istanbul.

La douane a investi pour mieux détecter ces flux, notamment en appareils capables de détecter les particules de produits stupéfiants sur des billets. Les chiens, formés à renifler les billets de banque, deviennent des "cash dogs". Le registre des données de passagers aériens, le fameux PNR auquel la vague terroriste a donné un coup d'accélérateur l'année dernière en Europe permet d'affiner le ciblage des contrôles. La douane s'est aussi réorganisée pour que les "manquements à l'obligation déclarative" constatés par ses agents alimentent davantage d'enquêtes pour blanchiment, d'autant que la loi permet désormais aux douaniers de présumer que des fonds non déclarés qui passent la frontière sont d'origine illicite. Avec 385 dossiers de blanchiment traités l'an dernier, soit une augmentation de 60%, "l'administration des douanes devient le premier pourvoyeur de la chaîne pénale en matière de flux financiers illicites" se félicite Jean-Paul Balzamo.

Tout comme les stupéfiants ou les contrefaçons, l'argent sale voyage aujourd'hui en fret express. Depuis le mois de novembre, la loi permet à la douane de contrôler ces colis. Les douaniers savent qu'ils ont du travail en perspective: en novembre et décembre 2014, une opération test menée à Roissy sur le fret express avait permis de découvrir, sans pouvoir agir à l'époque, l'équivalent de 9 millions d'euros en cash, lingots d'or (21) et divers moyens de paiement...

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