Au quatrième jour du procès de Nordahl Lelandais devant les assises de la Savoie, les parents, le frère et la grand-mère d'Arthur Noyer se sont adressés à l'accusé pour lui demander, chacun à sa manière, de reconnaître le meurtre pour lequel il comparaît.

Au quatrième jour du procès de Nordahl Lelandais devant les assises de la Savoie, le père d'Arthur Noyer s'est adressé à l'accusé
Au quatrième jour du procès de Nordahl Lelandais devant les assises de la Savoie, le père d'Arthur Noyer s'est adressé à l'accusé © AFP / Philippe DESMAZES

Didier Noyer ne le sait pas encore, en s’avançant vers cette barre pour évoquer son fils devant la cour d’assises de la Savoie, mais il va bientôt verser quelques larmes, il va rire deux fois, il va parler à Madame Lelandais, la mère de l’accusé, et il va même évoquer Star Wars. Mais pour commencer, cet ex-soixante-huitard, tel qu’il se définit, évoque la naissance d’Arthur et cette caisse à outils de belles valeurs qu’il lui a transmises : l’écoute, le respect et la dignité. Il est vivant, Didier Noyer, comme s’il voulait montrer, à Arthur, que son père continue de vivre comme son fils l’aurait souhaité. Même si, "avec ta mère, on ne danse plus le rock’n roll, et ça, ça m’embête un petit peu"

Didier raconte la vie de famille, à la maison, où on parlait de tout. Même de la mort. "Arthur savait que dans son engagement avec l’armée, il pouvait un jour mourir ou donner la mort". Didier évoque les petits travers de son fils : l’alcool, "comme beaucoup de jeunes de son âge", et la drogue même si "pour la cocaïne, j’étais pas au courant, mais il en avait parlé à son frère, son confident". Oui, "Arthur était un gamin ordinaire de 23 ans, dans l’oisiveté de l’armée – parce qu’il y a des temps morts, à l’armée - à 500 km de chez soi, on sort, voilà. Mais vous savez, j’ai plus de 40 ans de pratique hospitalière en psychiatrie, l’alcool n’est que le révélateur d’une personnalité. Si on a un fond méchant, toutes les contrariétés vont sortir. Arthur avait un fond gentil, comme tous ses amis. Et comme tous les amis de l’accusé, d’ailleurs, des gens sympas." 

Et Didier Noyer en vient à raconter à la cour ce moment privé quand, en début de semaine, dans un couloir du palais de Justice de Chambéry, il s’est avancé vers la mère de Nordahl Lelandais. "Je me suis avancé le premier parce que c’était plus facile pour moi de le faire. On s’est pris dans nos bras, car nous sommes deux familles dans la peine et dans la détresse. Madame Lelandais, quand j’écoutais ce que vous avez dit de votre fils, je trouve qu’ils avaient un parcours similaire : ils étaient sportifs, ils avaient des copains, ils étaient authentiques. Sauf, Madame Lelandais, avec tout le respect que je vous dois, sauf qu’il y en a un qui est tombé du côté obscur de la force, et le mien est resté dans le côté lumineux. Mais je sais que vous essayez de faire avancer les choses et je vous en remercie." 

J’espère en tout cas que ce procès nous apportera la sérénité, comme à votre famille. La justice ne remplacera jamais Arthur, il ne peut pas revenir. Je serai sûrement insatisfait, mais je resterai digne, Arthur, je te l’ai promis.

"Est-ce qu’on pourrait dire que dans la notion de respect des autres, ça signifie que votre fils était sans méfiance ?" demande le président. "J’ai toujours fait le pari de l’intelligence", répond Didier Noyer, "et l’intelligence, c’est de croire que 99% des gens sont intelligents. Et puis voilà, il y a eu cette nuit. L’accusé a eu une envie. J’ai l’intime conviction que ce n’est pas un psychopathe, parce que la pathologie ça se soigne. Lui, c’est un prédateur social. Et ce pourcentage infinitésimal, Arthur l’a croisé cette nuit-là."

Mon dernier message ne sera pas pour toi, mon fils, il sera pour Mme Lelandais : c’est injuste ce que vous avez à subir, être obligée de changer de nom. C’est pas parce qu’on a un gamin qui fait des conneries que les parents sont responsables. Je ne dirai jamais quoi que ce soit de négatif sur la famille Lelandais, c’est évident.

La mère, le frère et la grand-mère d'Arthur Noyer se sont adressés à l'accusé

Après Didier, c’est Cécile, la mère d’Arthur Noyer qui évoque longuement les huit mois d’angoisse et d’attente qui ont suivi le 13 avril 2017, quand elle apprend que son fils a "disparu". Ce matin où elle voit la photo d’Arthur à la Une du Dauphiné Libéré dans un hôtel de Chambéry où elle venait d’arriver pour participer aux recherches. "Disparu ! Ça fait un choc." Huit mois d’enfer, sans jamais pouvoir éteindre la lumière, même la nuit, pour qu’Arthur puisse la retrouver. 

Cécile Noyer se tourne vers le box et interpelle Nordahl Lelandais qu’elle appelle "l’accusé", pour lui raconter un cauchemar, un jour : "Arthur me téléphonait, me disait : "maman, viens me sauver, je sais pas où je suis, j’ai froid, maman, viens !" Je me suis réveillée paniquée, j’ai regardé mon téléphone, mais j’avais pas d’appel." Et ce 18 décembre 2017, quand elle apprend que Nordahl Lelandais, l’individu qui a été mis en examen pour l’affaire Maëlys, est en garde à vue dans le cadre de la disparition d’Arthur "Je suis rentrée à la maison, Didier m’attendait derrière la porte. Je lui ai dit : 'si cet homme est impliqué, Arthur, on ne le reverra plus'."

"À vous, la personne qui est dans le box des accusés, quand on tue par accident, on a un minimum de culpabilité. Vous avez tué Arthur et continué de vivre comme si de rien n’était. Le mercredi vous allez au cinéma, le jeudi, à 7 heures du matin, à un rendez-vous sexuel, et le soir en boîte de nuit. Vous avez tué Arthur, vous lui avez volé sa vie et même ses dernières volontés. Arthur savait qu’il pouvait mourir, il disait : 'donnez mon corps à la science et après je serai incinéré'. Même ça, vous lui avez volé." 

Vos excuses, je les ai entendues depuis lundi du bout des lèvres, sans nous regarder, sans regarder la photo d’Arthur.

"En fait, dans la voix j’ai de la colère mais je suis indifférente. Depuis lundi, il y a eu plein d’humanité dans cette salle, mais pas dans le box des accusés parce que vous, je vous ai regardé, vous avez pleuré, vous avez baissé la tête avec tous vos amis qui vous ont aimé. Mais dès qu’ils vous demandaient : libère ta conscience, vous vous refermiez. Vous êtes une personne physique, mais c’est le vide, c’est le froid en vous. Alors il va falloir commencer à prendre vos responsabilités et assumer vos actes."

Cécile conclut : "je termine par un mot pour Arthur, mon fils, il me manque tous les jours. Je ne pourrai plus jamais le serrer dans mes bras, le voir vieillir, j’ai été obligée de l’enterrer. C’est horrible, ça. Vous avez détruit la vie d’Arthur, il nous manque quelque chose de nous." 

Quentin, le petit frère d’Arthur lui aussi choisira d’interpeller Nordahl Lelandais en le tutoyant. "T’as détruit des vies, les nôtres, celles de tes parents et de tes potes. Tu nies devant tes potes, comment tu peux les regarder dans les yeux et nier ? Comment tu peux mentir ? Va falloir prendre ses couilles en main !"

Enfin, Monique lit un texte qu’elle a écrit pour "mon petit Arthur", évoque son petit-fils, "le bébé bien sage, le petit-fils adroit qui allait pêcher au bord du canal avec Pépé". Et "ce mois de décembre où ta maman nous a prévenus par téléphone qu’on ne te retrouverait plus. Ma vie est anéantie, j’ai perdu le sommeil, plus rien n’a plus d’importance. Que justice soit faite !" conclut Monique, avant de se tourner vers le box et, d’une voix douce et ferme, comme une dernière supplique : "regardez-moi dans les yeux, je voudrais bien que vous nous disiez la vérité".,

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