INFO FRANCE INTER - Dix jours après le rapatriement de Syrie de cinq orphelins français, une fillette française, qui avait été emmenée par ses parents sur les territoires de l’Etat islamique, est rapatriée en France. L'enfant rentre d'Irak, où sa mère, Djamila Boutoutaou, a été condamnée à 20 ans de prison en 2018.

  Djamila Boutoutaou lors de son procès à la cour pénale de Bagdad, le 17 avril 2018. La djihadiste française de 29 ans a été condamnée à la prison à perpétuité pour avoir rejoint le Groupe état islamique.
Djamila Boutoutaou lors de son procès à la cour pénale de Bagdad, le 17 avril 2018. La djihadiste française de 29 ans a été condamnée à la prison à perpétuité pour avoir rejoint le Groupe état islamique. © AFP / Ammar Karim

Il s'agit d'une enfant de trois ans et demi. Une petite fille qui n'avait que quelques mois, quand en 2016, elle a quitté la France, emmenée par ses parents à Mossoul, ville irakienne alors contrôlée par Daech. A son arrivée en Irak, la fillette, alors bébé, avait un grand frère, à peine plus âgé qu'elle. Un petit garçon qui a été tué au bout de quelques mois, dans un bombardement. Leur père, djihadiste, est mort, lui aussi, peu après. Et la fillette s'est ainsi retrouvée seule avec sa mère, Djamila Boutoutaou, la première Française arrêtée en Irak, puis condamnée à 20 ans de prison, l'année dernière, devant la Cour pénale centrale de Bagdad.

Le procès de Djamila Boutoutaou, en avril 2018, n'avait duré que 28 minutes. Debout dans une cage de bois, les cheveux couverts d'un long voile marron, vêtue d'une tunique rose, la jeune Française, alors âgée de 28 ans, avait clamé son innocence, jurant aux juges irakiens qu'elle avait été dupée par son mari, Mohammed Nassereddine. Cette ligne de défense, récurrente chez de nombreuses femmes de djihadistes français, qui nient avoir rejoint Daech de leur plein gré, n'avait absolument pas convaincu les magistrats irakiens. Les juges de Bagdad l'avaient condamnée à la peine perpétuelle, "moabbed", en arabe -une peine qui correspond en réalité à 20 ans de prison. 

L'enfant était incarcérée avec sa mère, à Bagdad

Depuis cette condamnation, et même depuis l'arrestation de Djamila Boutoutaou, sa fille, était donc emprisonnée avec elle, comme tous les enfants de djihadistes en Irak. Depuis quelques mois, la fillette se trouvait dans une prison que nous avons pu visiter, la prison pour femmes de Bagdad, une prison sans jouet et avec une minuscule cour de promenade grillagée, beaucoup trop étroite pour que les enfants puissent y courir. 

Depuis le Nord de la France, Saïda, la grand-mère de la fillette, réclamait le retour de l'enfant. Elle en avait même appelé la semaine dernière à Emmanuel Macron, pour l'aider. Son avocat, Martin Pradel, multipliait depuis des mois les courriers à l'ambassade de France en Irak, ainsi qu'au gouvernement français. Il se félicite, ce mercredi, que la fille de Djamila Boutoutaou, rentre "grandir en France, près de sa famille en France, près de sa grand-mère. Je suis satisfait que cette enfant soit enfin rentrée." Son retour, accepté par sa mère, aurait pu intervenir beaucoup plus tôt, affirme-t-il.

La fillette a été prise en charge en France par l'Aide sociale à l'enfance 

La petite fille a atterri à Roissy, en France, en tout début d'après-midi, ce mercredi, accompagnée par la Croix rouge internationale. Et elle a été immédiatement prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance de Seine-Saint-Denis à son arrivée. Elle sera maintenant suivie selon un protocole mis en place par le gouvernement en 2018, sous la surveillance de juges des enfants. Sa mère, elle, continuera à purger sa peine de prison en Irak.

"C'est un jour de bonheur", dit Saïda, la grand-mère de la fillette

"Je suis une grand-mère très contente, très heureuse aujourd'hui", dit Saïda, la mère de Djamila Boutoutaou, qui a fondu en larmes en apprenant l'arrivée de sa petite-fille. Les autorités ne l'ont prévenue qu'après l'atterrissage de l'avion. "Je remercie beaucoup le gouvernement, Monsieur le président. Ils ont écouté, ils ont compris, qu'une petite fille, elle a pas à être en prison. Elle doit aller à l'école, avoir une vie normale." Mais Saïda se dit aussi "déchirée", puisque sa fille Djamila reste incarcérée, à Bagdad. "Ma petite-fille ne connaît que le visage de sa maman. Il ne faut pas qu'on oublie sa maman", s'inquiète Saïda.

L'avocat de la famille, Martin Pradel, dit qu'il va aussi continuer à se battre pour Djamila Boutoutaou, qu'il défend, avec un avocat irakien. "Elle a été jugée coupable dans des conditions tout à fait anormales, il est demandé que sa situation soit réexaminée", poursuit Maître Pradel. Comme d'autres avocats français, il va aussi continuer à plaider pour le retour de tous les enfants qui avaient été emmenés en Syrie et en Irak, sur les territoires conquis par l'Etat islamique. 

Il y a dix jours, cinq enfants orphelins ou "isolés", selon le Quai d'Orsay, avaient été rapatriés pour la première fois des camps du Kurdistan syrien, par avion militaire. Le Ministère des affaires étrangères évoquait alors la possibilité d'autres retours, "au cas par cas", selon la position affichée des mois par Emmanuel Macron. 

"Mais ces enfants sont en train de mourir, du choléra, dans les camps, en Syrie", s'alarme Martin Pradel. "Ces enfants sont dans une situation d'incarcération arbitraire, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune autorité qui a décidé de les incarcérer, eux, en particulier. Et ils sont dans une situation d'abandon, en très grave danger", dit l'avocat parisien.

"La France peut faire quelque chose pour ces enfants, en Syrie et en Irak. Comme elle le peut, alors elle le doit", clame l'avocat Martin Pradel

A ce jour, plusieurs dizaines d'enfants français, la plupart âgés de moins de six ans, sont retenus avec leurs mères dans des camps du Kurdistan syrien, à Roj, ou Al-Hol, où la situation est la plus inquiétante. Près de 100 autres enfants de djihadistes français sont eux, rentrés de zone irako-syrienne, depuis 2013. Dans l'énorme majorité des cas, ils sont revenus avec leurs parents, en passant par la Turquie, après avoir franchi la frontière turque avec des passeurs. 

Il y avait eu un premier retour d'Irak, avec la Croix Rouge internationale en décembre 2017, pour les trois aînés de Mélina Boughedir, autre Française condamnée à 20 ans de prison en Irak pour avoir rejoint Daech en famille. Mélina Boughedir, qui reste désormais la seule Française avec un bébé, son dernier enfant, de deux ans, dans une prison irakienne. 

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