C'est le deuxième rapatriement du genre en l'espace de trois mois. Après les cinq orphelins de mère rapatriés en mars dernier, le gouvernement français vient d'aller chercher, dans des camps du Kurdistan syrien, douze autres jeunes enfants. Fils ou filles de djihadistes français, la plupart étaient orphelins.

Douze orphelins, enfants de djihadistes, ont été rapatriés du Kurdistan Syrien dans cet Airbus A400M, qui s'est posé sur le tarmac de Velizy-Villacoublay le 10 juin 2019
Douze orphelins, enfants de djihadistes, ont été rapatriés du Kurdistan Syrien dans cet Airbus A400M, qui s'est posé sur le tarmac de Velizy-Villacoublay le 10 juin 2019 © AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT

Comme lors du premier rapatriement d'enfants de djihadistes français, qui avait eu lieu le 15 mars dernier, le gouvernement français a envoyé un émissaire du Ministère des affaires étrangères pour mener cette opération, dans les camps du Kurdistan syrien, avec l'aide de l'armée française, et des Kurdes. Et comme en mars dernier, la France "remercie les responsables locaux du nord-est de la Syrie de leur coopération." 

Ce sont "douze jeunes enfants français mineurs, orphelins ou isolés" qui ont été rapatriés, ce lundi 10 juin, annonce le quai d'Orsay, dans un communiqué. Le plus jeune, est un bébé d'un an. Le plus âgé, un garçon de douze ans. Il y a parmi ces enfants plusieurs fratries. Des garçons, des filles. Presque tous orphelins de mère, dit le gouvernement. L'un de ces enfants, est lui orphelin de mère et de père, et il a aussi perdu tous ses frères et sours, dans un bombardement, peu avant la chute de Baghouz, l'un des derniers réduits de l'État islamique. À Baghouz, cet enfant a d'ailleurs été victime d'une blessure de guerre, dit son grand-père, qui espérait le retour de son petit-fils, seul survivant de la famille. "Je suis heureux", souffle ce grand-père, bouleversé. 

Son avocate, Samia Maktouf, se félicite que ces douze enfants aient été rapatriés, car, dit-elle, "ce sont des enfants victimes. Nous ne sommes pas dans l'hypothèse d'enfants-soldats. Nous ne sommes pas dans l'hypothèse d'enfants qui auraient choisi de combattre ou de prêter allégeance à un État terroriste". 

"Je ne peux que me réjouir, car ce sont des enfants qui ont vécu un traumatisme tel qu'il fallait les sauver", dit l'avocate Samia Maktouf

L'avocate souligne que les familles de victimes de terrorisme, qu'elle a l'habitude de défendre, réclament, pour beaucoup, le retour de ces enfants, détenus arbitrairement dans des camps. Cela faisait des mois que ces enfants étaient dans les camps du Kurdistan syrien, principalement à Roj et Al-Hol -le camp le plus surpeuplé, où la population a dépassé les 75.000 personnes depuis la chute de Baghouz. Certains de ces enfants y étaient arrivés sans leurs parents, tués dans la guerre contre Daech. D'autres ont perdu leur mère très récemment. 

Parmi les douze enfants rapatriés, dix sont considérés comme orphelins, de mère, au moins. Mais pour deux autres enfants, la situation est très différente, et même inédite. Car deux de ces enfants rapatriés sont rentrés en France, l'ont été parce que leur mère a accepté de les laisser repartir, alors qu'elle reste prisonnière des Kurdes, dans le camp de Roj. Cela faisait des semaines que cette mère disait qu'elle acceptait le retour en France de ses enfants sans elle, un cas quasi unique au Kurdistan syrien, la plupart des autres djihadistes françaises refusant de laisser partir leurs enfants. Cette mère a donc laisser rentrer en France sa fille de dix ans, qu'elle avait emmenée avec elle en Syrie. En Syrie, elle avait eu un autre enfant, un petit garçon aujourd'hui âgé de trois ans, dont le père est un djihadiste de Lunel, récemment condamné à mort en Irak. 

Il reste 200 à 300 enfants français, retenus au Kurdistan syrien

Ces douze enfants rapatriés, polytraumatisés par ce qu'ils ont vécu, ont tous subi des examens médicaux, peu après leur atterrissage à l'aéroport de Villacoublay. La justice les a confiés d'office à l'Aide sociale à l'enfance (ASE), comme c'est désormais le cas pour tous les enfants de retour de Syrie et d'Irak, depuis plus de deux ans. 

Des juges des enfants vont ensuite lancer des enquêtes pour établir si ces enfants peuvent être confiés, par la suite, à leurs familles élargies. Une centaine d'enfants de retour de Syrie et d'Irak sont ainsi pris en charge par l'ASE et la justice des mineurs depuis 2016. En Syrie, les autorités estiment qu'il reste 200 à 300 enfants de djihadistes français. 

"Ces rapatriements au compte-goutte conduisent à des discriminations inexplicables et injustifiées entre des enfants qui ne sont responsables de rien", s'insurge l'avocate Marie Dosé

Fin mai 2019, Jacques Toubon, le défenseur des droits a appelé la France à faire cesser "les traitements inhumains et dégradants subis par les enfants et leurs mères détenus arbitrairement dans les camps" dans un délai d'un mois. L'avocate Marie Dosé, qui a déposé plusieurs plaintes contre l'Etat français auprès de l'ONU, en demandant le rapatriement de tous les enfants français avec leurs mères, appelle une nouvelle fois le gouvernement à changer de politique,  et cesser la doctrine des retours au cas par cas. "Laisser ces enfants et leurs mères (judiciarisées exclusivement en France) dans ces camps gangrenés par l'idéologie de Daech participe de la fabrication des attentats de demain", estime maître Dosé.

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