La douane a démantelé cette semaine une grande plateforme de trafic de drogue, armes ou données volées sur le dark net, l’internet caché. Quatre personnes ont été mises en examen hier soir à Lille.

La Main Noire avait tout d'un site ecommerce classique, mais on pouvait y acheter de la drogue, des armes, des faux papiers ou des données bancaires frauduleuses. (Photo d'illustration)
La Main Noire avait tout d'un site ecommerce classique, mais on pouvait y acheter de la drogue, des armes, des faux papiers ou des données bancaires frauduleuses. (Photo d'illustration) © AFP / Silas Stein / DPA

L’administratrice n’a pas 30 ans, pas de casier judiciaire, et même pas de grande compétence en informatique, mais cette lilloise s’était taillé une réputation sur le darknet francophone en reprenant la plateforme Black Hand. "La Main noire", au nom évocateur, existait depuis environ deux ans. Un vaste forum accessible seulement pour les quelques 3 000 utilisateurs qui connaissent l’adresse, dans l’océan non référencé d’internet (inaccessible par les moteurs de recherche classiques), et moyennant une petite cotisation (50 euros au début).

Drogue, armes, faux papiers ou données bancaires volées

La Main noire se présente presque comme un site de commerce classique. Vendeurs et acheteurs s’attribuent des notes, laissent des évaluations en fonction de la qualité de la marchandise et des délais de livraisons, ils peuvent devenir "gold" ou "platine" en fonction du nombre de transactions effectuées. Mais on paye en crypto-monnaie comme le bitcoin, et on achète des drogues surtout, des armes, des faux papiers ou des données volées pour des fraudes à la carte bancaire.

Les modérateurs touchaient des commissions en sécurisant les transactions. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que la Main noire était surveillée depuis un peu plus d’un an par la DNRED, le renseignement douanier, qui a réussi à percer l’anonymat de certains. En perquisitionnant chez l’administratrice, les ingénieurs de la douane ont trouvé les mots de passe du site, la plateforme est désormais fermée. 

Lors des interpellations, qui se sont déroulées dans plusieurs villes de France, ont été saisi 4 000 euros en liquide et l’équivalent de 25 000 euros en monnaies virtuelles. L'administratrice, deux modérateurs et un utilisateur du site ont été présentés hier soir à des juges de la JIRS de Lille (juridiction spécialisée dans la criminalité organisée) pour être mis en examen. 

Les quatre personnes interpellées sont notamment visées pour association de malfaiteur en vue de la préparation de crime, (mise en circulation de monnaie contrefaite ou falsifiée ayant cours légal en France), de délits punis de 10 ans d'emprisonnement (trafic de stupéfiants) et de délits punis de 5 ans d'emprisonnement (faux documents administratifs, escroqueries) ; de complicité de trafic de stupéfiants ; complicité d'escroquerie ; complicité de faux documents administratifs et mise en circulation de monnaie contrefaite ou falsifiée ayant cours légal en France, faits commis en bande organisée.

Deux d'entre elles ont été placées en détention provisoire, une autre placée sous contrôle judiciaire, la dernière étant en détention provisoire également, mais en ayant demandé un délai.

La police judiciaire chargé de la cybercriminalité (OCLCTIC) va poursuivre l’enquête, avec une grande masse de données informatiques à exploiter.

Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, a félicité la DNRED pour "cette opération hors norme". C’est la première du genre en France. Les États-Unis avaient démantelé en 2013 la première plateforme de trafics illicites sur le darknet. L’été dernier, le FBI en avait fermé une autre, puis Europol et les Pays-Bas avaient démantelé un premier forum européen.

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