Au procès des attentats de janvier 2015, les audiences sont suspendues non plus pour deux jours, mais désormais pour une semaine, au moins. Et qui sait quand le procès pourra reprendre vraiment ? Alors que trois des onze accusés présents ont désormais contracté le coronavirus, on attend les tests pour cinq autres.

Procès des attentats de Charlie Hebdo : l'avocat de la défense Jean Chevais, masqué comme tous les participants, face aux journalistes
Procès des attentats de Charlie Hebdo : l'avocat de la défense Jean Chevais, masqué comme tous les participants, face aux journalistes © AFP / Stéphane de Sakutin

La menace d'un cluster pointe désormais au procès historique des attentats de janvier 2015. Lors d'une des dernières plaidoiries de parties civiles avant la pause du week-end, Me Antoine Comte, qui plaidait pour plusieurs victimes de Charlie Hebdo, avait dit tout haut, cette crainte que chacun pense tout bas depuis deux mois, à ce procès historique déjà renvoyé une première fois, de mai à septembre, pour cause de confinement et d'épidémie de la Covid-19. 

Au jour de l'ouverture du procès, le 2 septembre 2020, le président Régis de Jorna avait ainsi commencé par dire que le "masque était obligatoire pour tous", paniqué à l'idée d'un nouveau renvoi pour ce procès tant attendu. Et voilà qu'à la fin de tous les débats, alors que les plaidoiries de parties civiles avaient commencé mais qu'il en restait encore plusieurs dizaines, alors qu'il reste encore le réquisitoire à deux voix, les plaidoiries des avocats de la défense et les derniers mots des accusés, les accusés tombent malades les uns après les autres.

Après Ali Riza Polat, les accusés Saïd Makhlouf et Metin Karasular testés positifs au Covid-19

C’est le principal accusé, Ali Riza Polat, qui s’est mis à défaillir le premier, alors qu’il avait semblé dans une forme olympique durant les deux jours de son interrogatoire, lundi et mardi dernier. Parlant avec sa tchatche, imbattable, et avec un niveau de décibels si élevé qu’il avait donné mal à la tête à une bonne partie de la salle d’audience. Mercredi, il est subitement tombé malade, pris d’une envie de vomir, aussitôt renvoyé dans sa prison, mais le premier test Covid réalisé en urgence s’était avéré négatif. Alors le jeudi, Ali Riza Polat est revenu s’asseoir, à côté de quatre autres accusés, dans son box. Il a continué à parler très fort parfois, lorsqu'il a été interrogé par des avocats. Et il a tant crié par moments, que des postillons ont peut-être jailli malgré son masque de papier. En tout cas, vendredi, il n'avait vraiment pas bonne mine, le teint gris-vert, et il frissonnait. On a donc fait tester illico les autres accusés. Et voilà que deux autres sont positifs, Saïd Makhlouf, assis à deux mètres de Polat, et l’accusé Metin Karasular, dans le box d’en face. 

Contamination 

Comment les accusés ont-ils pu se contaminer ? Les règles sanitaires les concernant sont pourtant très strictes à l'audience. Chaque matin, et plusieurs fois par jour, les policiers cagoulés qui les encadrent leur donnent du gel hydroalcoolique pour se désinfecter les mains et le masque est obligatoire pour tous les accusés même quand ils sont interrogés - même si des avocats s'étaient offusqués au début du procès qu'on juge des hommes sans voir leurs visages. Finalement, très vite, dès le 3e jour, les accusés ont tous accepté le masque et ne se sont jamais rebellés, à la différence de certains avocats toujours un peu récalcitrants, qui se permettent régulièrement de baisser ce masque sur leur menton avant de se faire rappeler à l'ordre, ou pas. 

Les accusés ont pu se contaminer lors de leurs trajets, dans les mêmes fourgons, entre leurs prisons et le tribunal, chaque matin, et chaque soir, depuis deux mois. Ou la pause déjeuner, sans le masque, évidemment, a peut-être été fatale. Ou alors, ceux qui ont contracté le virus l'ont attrapé en prison, le coronavirus circulant beaucoup dans les maisons d'arrêt parisiennes, et les accusés étant actuellement détenus à la prison de la Santé pour les uns et à Fleury-Mérogis pour les autres.

Deux autres accusés testés, Mohamed-Amine Fares et Miguel Martinez sont quant à eux, négatifs mais jugés cas contacts, Mohamed-Amine Fares étant juste à côté de l'accusé Makhlouf positif, et ils papotent souvent ensemble lors de suspensions. Miguel Martinez, lui, est assis juste à côté de Metin Karasular. Le président de la cour d'assises attend le résultat de cinq derniers accusés détenus, à savoir Amar Ramdani, Nezar Mickaël Pastor Alwatik, Willy Prévost, Abdelaziz Abbad, et Michel Catino, qui est l'accusé le plus âgé, 68 ans. Sur les bancs de la défense, les avocats de tous ces accusés peuvent aussi s'inquiéter pour eux qui chuchotent très souvent à l’oreille de leurs clients, à travers le trou de la vitre du box. Pour l'instant, le procès est suspendu pour au moins la semaine. "Les informations seront communiquées au fur et à mesure de l'évolution de la situation", a écrit le président de la cour aux avocats, à une heure très tardive ce dimanche. Nul ne sait combien de temps réellement ce procès historique va devoir être suspendu pour cause de virus pandémique.