huit suspects entendus par la police pour la mort de clément méric
huit suspects entendus par la police pour la mort de clément méric © reuters

Le parquet de Paris a retenu samedi le chef d'accusation d'homicide volontaire à l'encontre d'Esteban, principal suspect dans la mort de Clément Méric, et a confirmé que le militant d'extrême gauche avait succombé aux coups qui lui ont été portés.

L'autopsie a montré que la mort de l'étudiant de Sciences-Po, âgé de 18 ans, a été provoquée par les coups qui lui ont été portés, et non par sa chute, a indiqué le procureur de Paris.

Esteban, agent de sécurité de 20 ans, était connu des services de police pour port d'arme et comme sympathisant du mouvement d'extrême droite Troisième Voie, a indiqué le procureur de Paris, François Molins.

François Molins a déclaré:

La violence des coups portés au cours de la scène est attestée par des nombreux témoins. Le décès n'est pas dû à un hématome qui aurait été causé par la chute à terre, mais (il) est dû aux traumatismes crâniens faciaux qui ont été occasionnés par les coups de poings qui ont été portés sur la victime.

Le nombre de coups mais aussi la différence de carrure entre le suspect et la victime - qui mesurait 1m80 pour 66 kg -, de même que la suspicion de l'usage d'un poing américain ont mené au choix du qualificatif d'homicide volontaire, a-t-il expliqué.

Esteban, dont le procureur a refusé de divulguer le nom de famille, a reconnu avoir porté deux coups au militant antifasciste, dont celui l'ayant fait tomber. Un ami de Clément Méric a dit l'avoir vu porter un poing américain, pièce de métal dans laquelle on passe les doigts, et un autre témoin a dit qu'il avait un "objet brillant sur les mains".

Le principal suspect, au domicile duquel deux poings américains ont été saisis, a affirmé lui avoir porté les coups à main nue. L'enquête de flagrance a permis de retracer en partie la genèse de la "rixe" ayant entraîné le décès de Clément Méric, mercredi soir, aux abords d'un immeuble dans lequel se trouve une salle de vente privée de vêtements, dans le 9e arrondissement de Paris.

Le procureur de Paris a précisé:

Les auditions, non seulement de témoins mais encore de protagonistes eux-mêmes, attestent d'une scène de violence avec des échanges de coups.

Selon les premiers éléments de l'enquête, un ami de Clément Méric a d'abord "chambré verbalement" un skinhead qui se trouvait dans la salle de vente. "Les nazis viennent faire leur course", aurait-il lancé. Clément Méric et ses amis auraient continué à provoquer le groupe d'ultra-nationalistes, menaçant de les "attendre en bas". Un vendeur a indiqué avoir alors entendu l'un des skinheads appeler du renfort, visiblement pour en découdre.

François Molins, procureur de Paris
François Molins, procureur de Paris © Max PPP

Les suspects ont tous donné la même version des faits, à savoir qu'une bagarre "généralisée et désordonnée" a éclaté, qu'ils étaient en état de légitime défense et qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de tuer le jeune homme, selon des sources policières. Ils disent avoir "répliqué", a confirmé samedi le procureur de Paris.

Au total, cinq suspects, parmi lesquels une femme, ont été déférés au parquet dans la nuit de vendredi à samedi, a précisé François Molins. Un mandat de dépôt a été requis à l'encontre des quatre hommes, et le parquet a sollicité le placement sous contrôle judiciaire de la femme, la petite amie d'Esteban, dénommée Katia. Âgés de 19 à 32 ans, tous ont un casier judiciaire vierge et se disent sympathisants du groupe "Troisième Voie".

Outre l'information judiciaire visant Esteban, le parquet a ouvert samedi une enquête pour violences volontaires en réunion, violences volontaires ou complicité de violences volontaires en réunion à l'encontre des cinq suspects et de toutes autres personnes ayant pu prendre part aux violences.

Des incapacités totales de travail de 3 et 7 jours ont en effet été prononcées à l'encontre des deux amis de Clément Méric présents sur les lieux du drame. L'un dit avoir reçu des coups de poing américains sur les bras, l'autre un coup de poing au visage.

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