Marie-Claire F., 74 ans, condamnée à la prison à perpétuité en 1988, vient de se voir accorder une grâce partielle du président de la République. C'est la toute première grâce d'Emmanuel Macron depuis son élection.

La plus ancienne détenue de France, 74 ans, a été condamnée à la prison à perpétuité en 1988. Elle est détenue à Rennes
La plus ancienne détenue de France, 74 ans, a été condamnée à la prison à perpétuité en 1988. Elle est détenue à Rennes © AFP / Franck PERRY

La grâce, un droit qui remonte à la monarchie, et dont les présidents de la République usent avec parcimonie. 

On se souvient que François Hollande avait gracié partiellement en 2014 le plus ancien détenu de France, Philippe El Shennawy, permettant sa libération conditionnelle. Il avait également gracié en 2016 Jacqueline Sauvage, condamnée pour avoir tué son mari violent.

Cette fois, la personnalité graciée est beaucoup moins médiatique. Il s’agit d’une femme de 74 ans, Marie-Claire F., condamnée à perpétuité pour avoir tué un homme. Elle est détenue à Rennes depuis 33 ans, d'abord à la prison, puis à l’hôpital psychiatrique, depuis 20 ans. 

Ce qu’elle demandait ? Une grâce qui lui permette de bénéficier de permissions de sortir, auxquelles les condamnés à perpétuité n'ont pas droit.

Emmanuel Macron a accepté de commuer la perpétuité en une peine de 20 ans

Très malade, elle ne va pas sortir de l'hôpital. Mais cette grâce va lui permettre de changer un peu son quotidien.

Quand elle a reçu le coup de téléphone de l’Élysée vendredi, lui annonçant la bonne nouvelle, Virginie Bianchi, l’avocate de Marie-Claire, n’en est pas revenue. Cette grâce, elle l’avait sollicitée une première fois auprès de François Hollande, qui n’avait jamais répondu. C’était fin 2015, en même temps que la demande de grâce de Jacqueline Sauvage ; cette concomitance a sans doute joué en défaveur de Marie-Claire.

Cette fois, la grâce est arrivée très vite, deux mois et demi après la demande. C’est l’Elysée qui a fait fuiter l’information : le moment était sans doute bien choisi pour apporter à l'image d'Emmanuel Macron une touche d'humanité. Sans prendre de gros risques pour autant : à 74 ans, Marie-Claire est détenue depuis 33 ans, et elle ne sortira pas de l'hôpital psychiatrique où elle vit depuis 20 ans : sa santé mentale ne le permet pas. La grâce partielle lui permettra, simplement, de pouvoir demander des sorties thérapeutiques, comme les autres malades, ou d'aller chez le médecin. Et de pouvoir connaitre de la métropole autre chose que la prison et l'hôpital de Rennes.

L'histoire de Marie-Claire commence aux Antilles

Une vie de misère, entre alcool, drogue et prostitution ; avec des troubles psychiatriques, dès le plus jeune âge. En 73, elle tue un client. La cour d'assises la condamne à 12 ans de réclusion

Mais l'enfermement ne la guérit pas. En 1985, elle récidive, tue un client violent avec exactement le même mode opératoire. Malgré la lourde pathologie psychiatrique diagnostiquée chez la jeune femme, elle écope de la peine maximale, la perpétuité, avant d'être transférée à la prison de Rennes.

Loin des Antilles, isolée et malade, Marie-Claire finit, après plusieurs tentatives de suicides, par être transférée à l'hôpital psychiatrique de Rennes, qu'elle n'a plus quitté depuis. Entourée d"autres malades de longue durée, soignée, cette femme, catholique pratiquante, a trouvé une forme de stabilité. 

Comme le dit son avocate, le geste d'humanité d'Emmanuel Macron va simplement lui permettre de retrouver quelques petites joies de la vie quotidienne, comme d'aller au marché, ou faire une sortie à la mer, avec les autres malades.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.