Après les manifestations contre la loi "Sécurité globale", où un photographe a été blessé et un policier pris à partie, le Syndicat des commissaires de police appelle à calmer le débat. Entretien avec le secrétaire général du SNCP, David Le Bars.

Véhicule de police d'Ile-de-France garée devant la gare du Nord (Paris, 10e arrondissement)
Véhicule de police d'Ile-de-France garée devant la gare du Nord (Paris, 10e arrondissement) © Radio France / Marie Martirossian

Soixante-deux policiers et gendarmes ont été blessés lors des manifestations contre la loi Sécurité globale, dont vingt-trois à Paris. Quatre-vingt une personnes ont été interpellées, dont quarante-six à Paris, et vingt-sept ont été placées en garde à vue. 

Derrière ces chiffres s'est joué une véritable guerre des images, avec des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux. D'un côté, les images, choquantes, d'un policier pris à partie par plusieurs manifestants, des jets de pierre, de cocktails Molotov et de l'autre, le visage tuméfié d'Ameer al Halbi, 24 ans, photographe syrien, blessé par un coup de matraque. Ces images ont retweetées et commentées abondamment. 

"Des images d'un coté ne doivent pas justifier les violences de l'autre et réciproquement".

Pour sortir de l'hystérisation, David Le Bars, représentant le Syndicat des commissaires de la Police Nationale, en appelle à plus de transparence. "On est dans une phase de débat hystérisé, l'intérêt général est de calmer le débat. Il faut savoir dénoncer des deux cotés, ce qui ne va pas. Et ça c'est à la justice de le régler. Des images d'un coté ne doivent pas justifier les violences de l'autre et réciproquement". 

"Nous prenons acte que les journalistes, indépendants ou de grands médias, ont le droit de filmer ce qui se passe, il est de l'intérêt général de voir ce qui se passe.  Les images doivent servir à éclairer le débat et pas à faire de la police l'otage d'un débat.  Un débat qui consiste à dire qu'on aime ou on n'aime pas la police est inacceptable". 

Dans les manifestations, "quand ça dérape comme hier, il faut dénoncer une minorité de personnes qui infestent les cortèges, et c'est de leur faute que ça dégénère. Dans la plupart des cas manifestants et policiers se parlent" rappelle-t-il.

Équiper les policiers de caméras-piétons

"On est là pour sécuriser les Français", ajoute le syndicaliste qui plaide pour l'équipement en caméras-piétons des agents de police. "La plupart des policiers, affirme David Le Bars, "est favorable au port de ces caméras piétons pour montrer la réalité de leurs interventions au quotidien".  Il faut se donner les moyens que la police soit incontestable dans son action. Comme ça pour ceux qui dérapent les choses seront claires, et ca permettra de protéger le plus grand nombre. Je suis convaincu que la grande majorité des policiers veulent ces moyens de protection, car ces images le sont. 

Dans l'affaire de Michel Zecler, David Le Bars estime que "si les policiers avaient eu des caméras piétons, nous aurions peut-être deux orientations différentes, soit ils ne seraient pas laissés entrainer dans ce déchainement de gestes inappropriés qui choquent, soit nous aurions une autre version, celle du motif pour lequel tout cela a commencé. Si les policiers sont équipés de cela ça changera peut-être certaines façons de procéder." 

"La police ne peut pas être otage des querelles au plus haut sommet de l'état"

Mais l'autre problème que souligne David Le Bars, concerne l'attitude de la classe politique. "C'est une partie de la classe politique qui fait en sorte que tout cela dégénère, et pour faire  de la sécurité un débat, dans lequel chacun s'approprie des vérités ou des contre-vérités, et ça c'est de la responsabilité de la classe  politique . La police ne peut pas être otage des querelles au plus haut sommet de l'état, ou avec des gens voués à des fonctions suprêmes."

"On ne peut pas accepter d'entendre des élus nationaux parler de barbares ou de démanteler la police" dénonce-t-il. "La police est le bien-être collectif, on ne peut pas vivre sans police". 

Quant à l'adoption ou pas de l'article 24 de la loi "Sécurité globale", il juge que "le premier point, c'est qu'il y a une réalité, les policiers sont l'objet d'attaques et de menaces qui mettent en danger leur vie privé". L'article 24, contesté par beaucoup ne semble pas de nature à apaiser les tensions, ce qui fait dire au syndicaliste "nous demandons à la classe politique de trouver un consensus qui permette à un policier, homme ou femme, quand il a fini son service, d'être protégé dans sa vie privée, pour ne pas être attaqué ou obliger de déménager."

"L'article 24 ne fait pas consensus, donc il faut que la classe politique trouve une sortie de ce débat, car cet article va nous ré-amener dans la violence, car c'est nous qui sommes au bout de la chaine". 

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