Le nouveau dispositif policier, déployé par la préfecture de police de Paris pour cet acte IV de la manifestation des "gilets jaunes", a rempli ses objectifs et a permis de contenir les violences des casseurs, selon les policiers eux-mêmes qui le réclamaient depuis les scènes de chaos de samedi dernier.

Le dispositif policier revu et corrigé a tenu bon ce samedi face aux manifestants et aux casseurs
Le dispositif policier revu et corrigé a tenu bon ce samedi face aux manifestants et aux casseurs © AFP / Abdul ABEISSA

Pas de scène de chaos avec des CRS et gendarmes mobiles sous une pluie de pavés à Paris, c'est cela que voulait éviter le ministère de l'intérieur. Le changement radical de stratégie à Paris a surtout permis d'avoir moins de blessés des deux côtés, plus d'arrestation de casseurs et un usage beaucoup plus modéré des grenades lacrymogènes. Ce changement de méthode est une première. Il était réclamé par ceux-la même qui assurent le maintien de l'ordre et qui craignaient plus que tout les blessés et les morts dans les rangs des manifestants et dans ceux des forces de l'ordre.

On a enfin été écoutés

Yves Lefebvre est le secrétaire général d'Unité SGP Police FO. Il est satisfait que l'avis de la base ait enfin été entendu. "J'ai échangé ce soir avec Laurent Nuñez, Christophe Castaner et Éric Morvan" explique-t-il. "Enfin les technocrates de la Préfecture de police sont descendus de l'hôtel sur lequel ils s'étaient placés depuis le 17 novembre et enfin nous avons été écoutés. Oui aujourd'hui on peut considérer que la police et la gendarmerie ont gagné" notamment parce qu'"on a permis enfin à la direction centrale des CRS, aux spécialistes du maintien de l'ordre de la police nationale, d'être véritablement partie prenante de l'organisation du maintien de l'ordre, ce qui n'avait pas été le cas notamment samedi dernier". 

Un changement de fonctionnement sur lequel Johann Cavallero, délégué CRS Alliance, ne veut pas revenir : "J'espère que cette nouvelle doctrine prendra racine et qu'on ne reviendra pas en arrière à faire subir les forces de l'ordre, dit-il. J'espère qu'on restera dans un mouvement offensif."

Le pré-service

Le procureur de Paris Rémy Heitz avait pris des réquisitions pour autoriser les contrôles d'identité, la fouille des sacs et des véhicules avec un placement en garde à vue en cas de découverte d'objets qui peuvent servir d'arme : marteaux, batte, boules de pétanque, etc. Une garde à vue pouvant déboucher sur des poursuites pour "participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens" passible d'un an de prison et 15 000 euros d’amende.

Yves Lefebvre appelle cette prévention "le pré-service", que les policiers "n'avaient de cesse de demander depuis les manifestations contre la loi El Khomri". Le pré-service qui "consiste à procéder à des contrôles à la sortie des trains, des métros, aux péages, sur les bretelles d'accès au périphérique, a permis de neutraliser des casseurs en amont. C'est particulièrement efficace" dit-il.

Réactivité des forces mobiles

Au lieu d'utiliser les policiers et les gendarmes comme des cibles ou de punching-ball durant des heures, cette fois chaque unité lourde de CRS et de gendarmes mobiles avait derrière elle des groupes d'une dizaine de policiers ou de gendarmes en civil, légèrement équipés, pour aller chercher immédiatement les casseurs.

Un redéploiement jugé très important par le secrétaire général Unité SGP Police FO. "On doit une fière chandelle aux officiers de police judiciaire sur le terrain et aux effectifs des BAC et des BRI explique Yves Lefebvre. Les BRI, dont ce n'est pas le cœur de métier de faire du maintien de l'ordre, ont 'sauté dessus' et interpellé les casseurs et les pilleurs qui voulaient dénaturer le mouvement et se 'faire du flic'". 

Les chefs d'unités disent en effet avoir reçu des ordres, quasiment en temps réel, pour bouger. Ça ne pouvait pas empêcher tous les pillages et les incendies de véhicules, mais ça n'a jamais duré plus de quelques minutes.

Nous devons donner le tempo et ne plus subir comme avant

"Enfin on a eu les ordres pour pouvoir aller au contact et réagir immédiatement", se félicite Johann Cavallero, délégué CRS Alliance. "On nous a enfin laissé faire le travail, c'est-à-dire aller au contact de suite pour pouvoir neutraliser des individus et rétablir l'ordre public rapidement."

Ce changement radical de stratégie a permis de compter moins de blessés des deux côtés. "Il y a eu des collègues blessés légèrement ou contusionnés, mais moins gravement que ce qu'on a pu voir auparavant" explique Johann Cavallero, "puisqu'il y a eu moins de projectiles parce que le travail a été fait en amont pour neutraliser les fauteurs de troubles".

On est trop fatigués

Certains "gilets jaunes" en appellent déjà à un "acte V", samedi prochain à paris. Pour Yves Lefebvre, "s'il y a de nouvelles manifestations, ce sera très difficile de remobiliser autant de collègues policiers et gendarmes parce qu'on est véritablement au bout du rouleau. On est trop fatigués. Mes collègues travaillent non-stop depuis le 17 novembre, ils ne savent même plus ce que c'est que de rentrer chez eux, de pouvoir se reposer. Il faut que ça cesse et que le président de la République fasse des annonces fortes pour calmer cette colère sociale, au demeurant particulièrement légitime.'

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