Fermée pendant quatre ans et demi pour travaux, la mythique maison d’arrêt parisienne accueille ses premiers détenus à partir de ce lundi 7 janvier. Visite guidée.

Refaite à neuf après 4 ans et demi de travaux, la prison de la Santé a été inaugurée en 1867.
Refaite à neuf après 4 ans et demi de travaux, la prison de la Santé a été inaugurée en 1867. © Maxppp / LP/ Jean Nicholas Guillo

L’écrin de cette institution, inaugurée en 1867 et située dans le XIVe arrondissement de la capitale, a été conservé. Dans la cour d’honneur, la façade en meulière a été élégamment rénovée. Des plantes en pot s’alignent, près de la porte historique, aujourd’hui condamnée. 

La Cour d’honneur de la prison de la Santé, entièrement rénovée après 4 ans de travaux
La Cour d’honneur de la prison de la Santé, entièrement rénovée après 4 ans de travaux © Radio France / Mathilde Lemaire

Dans les coursives, tout est propre, fonctionnel, lumineux. Si le quartier haut de la Santé a été entièrement rasé pour être reconstruit, le quartier bas de la prison a été conservé et rénové. Les cellules y ont été agrandies. Elles mesurent désormais 9m², contre un peu plus de 6m² avant les travaux. 

"Chaque cellule dispose d’un bloc sanitaire avec toilettes et douche, d’un réfrigérateur, d’une plaque de cuisson, d’un coffre-fort et d’un point phone", détaille Christelle Rotach, la directrice de l’établissement. 

Une cellule refaite à neuf, avec toilettes, douche, et combiné mural.
Une cellule refaite à neuf, avec toilettes, douche, et combiné mural. / Joachim Bertrand / DICOM/ MJ

Téléphone mural

C’est l’une des grandes nouveautés : un combiné mural, qui permet d’appeler une liste de numéros de téléphone autorisés par le juge. Le dispositif était jusqu’ici à l’état d’expérimentation. 

Pour Christelle Rotach, cet élément de confort va permettre d’apaiser la vie en détention. Les détenus n’auront plus besoin de demander à être accompagné par un surveillant jusqu’à un téléphone. Ils pourront également garder contact avec leur avocat et leurs proches, facteur déterminant dans la prévention du suicide.

En contrepartie, la maison d’arrêt a été équipée d’un brouilleur d’ondes nouvelle génération. "Il est désormais impossible d’utiliser un téléphone portable en détention, on ne capte pas", affirme la directrice. 

Toujours sur le volet de la sécurité : 700 caméras ont été disséminées dans l’établissement. Des détecteurs permettent également de repérer une présence dans un lieu interdit. 

Le chantier de rénovation a coûté 180 millions d'euros.
Le chantier de rénovation a coûté 180 millions d'euros. / Joachim Bertrand / DICOM/MJ

Soulager les prisons de Fresnes et Fleury-Mérogis

À partir de ce lundi, chaque semaine devraient arriver 25 détenus (uniquement des hommes majeurs) en provenance des établissements franciliens de Fleury-Mérogis et Fresnes, tous les deux surpeuplés. Le reste du contingent sera formé par les personnes condamnées par le tribunal de grande instance de Paris et placées sous mandat de dépôt. 

La Santé est prévue pour accueillir quelque 800 détenus, en incluant la centaine de places du quartier de semi-liberté. Mais elle devrait vite se retrouver rattrapée par la réalité de la surpopulation carcérale. Un nouveau record a été atteint en décembre avec 71 000 personnes incarcérées en France

Dores et déjà, des lits superposés ont été installés dans des cellules censées être individuelles. Christelle Rotach assume.

Plutôt que d’avoir un matelas au sol, qui met la personne en situation d’infériorité par rapport à son co-détenu, je trouve qu’il est plus digne d’avoir un vrai lit.

Surpopulation carcérale

Pour le psychiatre Cyrille Canetti, qui dirige le Service médico-psychologique régional de la Santé (SMPR), si depuis les travaux, les conditions de détention s'en trouvent indéniablement améliorées, le problème reste la surpopulation. "Il faut se rappeler que le chef d’établissement ne peut pas refuser de détenu", souligne-t-il. "On dit que tant qu’une porte de cellule ferme, on peut y mettre du monde, malheureusement… ".

Une inquiétude partagée par François Bès, coordonnateur du pôle enquête de l’Observatoire international des prisons (OIP) et qui cite l’exemple de la prison de Meaux-Chauconin (Seine-et-Marne), ouverte en 2004.

Comme elle était moins pourrie que les autres, que les conditions de détention y étaient plus dignes, avec notamment une douche par cellule, l’administration l’a utilisée en la sur-peuplant. Elle s’est dégradée très vite à cause de la surpopulation, et est devenue invivable. On risque d’avoir la même chose à la Santé. 

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