[Exclusif] Le 5 juin, un représentant légal de Lafarge SA a un rendez-vous à haut risque avec les juges du pôle financier. L'association Sherpa, qui avait porté plainte, demande que l'entreprise soit mise en examen non seulement pour financement du terrorisme, mais aussi pour complicité de crimes contre l'humanité.

Trois juges parisiens ont établi qu'une partie des cadres de l'usine Lafarge de Jalabiya ont cherché à maintenir le site en activité en achetant leur tranquillité auprès du groupe Etat islamique.
Trois juges parisiens ont établi qu'une partie des cadres de l'usine Lafarge de Jalabiya ont cherché à maintenir le site en activité en achetant leur tranquillité auprès du groupe Etat islamique. © AFP / Delil Souleiman

Après presque un an d'une instruction menée tambour battant par trois juges, et dirigée par Charlotte Bilger, cette mise en examen du groupe est attendue ; elle n'en resterait pas moins inédite pour une grande entreprise française. Lafarge a reconnu avoir versé 13 millions d'euros à des groupes armés, dont l'organisation État islamique, pour faire tourner son usine de Jalabiya en pleine guerre, et au moins jusqu'à sa prise par Daech en septembre 2014. 

Huit de ses cadres ou anciens dirigeants sont déjà mis en examen pour avoir financé des groupes terroristes, et/ou pour avoir mis en danger leurs salariés syriens.  L'association Sherpa, qui avait porté plainte, demande aux juges d'aller encore plus loin avec la personne morale. Pour Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux, Lafarge devrait être poursuivie pour complicité de crimes contre l'humanité : "Cette plainte a fait énormément de bruit parce qu'on parle de financement de terrorisme et parce que les Français, les Européens se sentent touchés." 

Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux de Sherpa
Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux de Sherpa © Radio France / Sara Ghibaudo

"Ce qui est crucial pour nous aujourd'hui, c'est qu'on parle des gens dont on ne parle jamais, explique Marie-Laure Guislain. Toutes ces familles qui ont vu des personnes tuées, kidnappées, torturées, dans des conflits armés, qui n'ont pas accès à la justice dans les pays où opèrent pourtant des multinationales françaises qui parfois alimentent à hauteur de millions d'euros ces conflits armés, et donc qui sont responsables indirectement de ces crimes de guerre, de ces crimes contre l'humanité". 

Le 5 juin, un représentant de Lafarge SA et l'avocat du groupe, Christophe Ingrain, sauront donc quels chefs de mise en examen sont retenus. L'issue de ce rendez-vous judiciaire sera sans doute suivie avec attention par d'autres entreprises qui opèrent dans des zones de conflits. Lafarge, devenue LafargeHolcim, a d'autres soucis en ce moment. La fusion avec les Suisses va entraîner près de 200 suppressions d'emplois et la fermeture du siège parisien.

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