Un des magistrats les plus brillants de sa génération, sorti quatrième sur 230 de sa promotion à l'Ecole Nationale de la Magistrature. Solide, compétent, pugnace, intuitif... Les qualificatifs ne manquent pas pour celui qui fut juge d'instruction à Lyon puis au pôle financier à Paris. Les articles de presse l'encensant n'ont pas manqué non plus jusqu'à son arrivée au parquet de Nanterre en 2007. Contre l'avis du Conseil Supérieur de la Magistrature.

Philippe Courroye
Philippe Courroye © MaxPPP/Thomas Padilla

Aujourd'hui, Philippe Courroye fuit les caméras et les micros. Il est arrivé en avance dans la salle d'audience disciplinaire de la Cour de Cassation. Sa grande silhouette calée dans un fauteuil de velours, il ne jette aucun regard vers le public et la presse . Il n'y a de toutes façons pas foule dans cette grande salle solennelle. Quelques journalistes, peu de curieux et quasiment pas de magistrat sauf une de ses anciennes collègues à Nanterre. Elle s'interroge d'ailleurs sur le manque d'intérêt porté à cette audience disciplinaire.

Elle a raison. C'est la première plainte d'un justiciable auprès du CSM qui est audiencée depuis que Nicolas Sarkozy a ouvert cette voie jusque là réservée aux hautes instances de la magistrature pour juger le comportement d'un de ses pairs.

Et pas n'importe quel magistrat, ni n'importe quel justiciable. L'ex procureur d'un des plus importants parquets de France et un prestigieux quotidien : Le Monde. Dans un contexte lui aussi des plus particuliers, l'affaire Bettencourt.

Pour sa défense Philippe Courroye va invoquer les fuites incessantes dans la presse et l'urgence d'agir. Alller au plus facile : les factures téléphoniques des journalistes pour savoir qui est l'auteur de ces fuites. Il a sans doute une idée, l'article du Monde qui révèle une perquisition chez la milliardaire est signé par Gérard Davet et Jacques Follorou. Ce dernier a rédigé quelques temps auparavant un livre avec la juge Isabelle Prévost Desprez. Et c'est elle qui mène l'enquête sur l'abus de faiblesse aux dépens de Liliane Bettencourt. On est en septembre 2010.

Isabelle Prévost Desprez et Philippe Courroye se connaissent bien , ils étaient ensemble juges d'instruction au pôle financier quelques années plus tôt. Mais aujourd'hui les deux magistrats qui avaient travaillé main dans la main sont en conflit à Nanterre... De tout cela, il va résulter une guerre procédurale sans merci.

Philippe Courroye transmet à son supérieur les résultats de son enquête: 57 SMS échangés entre la juge et le journaliste. Le Procureur Général de Versailles demande l'ouverture d'une information judiciaire puis le dépaysement du dossier. De Nanterre l'affaire Bettencourt part à Bordeaux avec les rebondissements que l'on connaît. Philippe Courroye et Isabelle Prévost Desprez perdent la main simultanément.

Les plaintes se succèdent les révélations la presse aussi. Le Procureur de Nanterre est mis en examen pour avoir récupérer les fadettes des journalistes. Mise en examen annulée. L'affaire est depuis relancée et de nouveau entre les mains du juge d'instruction à Paris.

A Bordeaux, le juge met en examen Isabelle Prévost Desprez et décide de la renvoyer en correctionnelle pour violation du secret professionnel. La Présidente de la 15e Chambre à Nanterre a fait appel de ce renvoi.

Depuis Philippe Courroye a été muté contre sa volonté de Nanterre à la Cour d'Appel de Paris comme avocat général. Il saura le 17 décembre s'il est sanctionné par ses pairs.

Isabelle Prévost Desprez attend elle de savoir quand elle pourra partir au TGI de Créteil.

Aujourd'hui l'instruction de l'affaire Bettencourt à Bordeaux est close. L'ancien Président de la République Nicolas Sarkozy échappe au Tribunal Correctionnel. Tous les autres sont renvoyés y compris son ancien ministre du Budget, Eric Woerth.

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