Migrants à Calais
Migrants à Calais © MaxPPP

On vous avait parlé sur France Inter de ces migrants déplacés à bord de jets privés : des centaines de migrants transférés de Calais vers Nîmes, Toulouse ou Metz. Montant de la facture : 1 million et demi d'euros. Bilan de l'opération : nul puisque la plupart de ces migrants sont ensuite libérés. Ce matin, le contrôleur général des lieux de privation de liberté dresse un nouveau constat alarmant : les conditions matérielles de ces mesures d'éloignement portent atteinte à la dignité des migrants concernés.

Avec six membres de son équipe, Adeline Hazan s'est rendue en personne dans les centres de rétention administrative. Elle en tire un bilan sans appel : en plus de coûter inutilement cher à l'Etat, la pratique est contraire au respect de la dignité humaine . Des mineurs séparés de leur famille, laissés sur le perron de l'hôtel de police de Calais quand leurs proches s'envolent de force vers Nîmes ou Toulouse ; des notifications de droits incomplètes, mal traduites, inaudibles ; des documents signés à la va-vite, pas toujours dans une langue connue du migrant.Bref, la pratique doit cesser, s'indigne la contrôleure générale des prisons qui s'est également penchée sur les conditions de rétention. Et le tableau n'est guère plus réjouissant : des dizaines de personnes contraintes de dormir à même le sol, dépendantes d'une poignée de policiers complètement débordés pour pouvoir boire ou aller aux toilettes.

► ► ► DOCUMENT | Lire les recommandations du Contrôleur général des lieux de privation des libertés

Le tout dans le cadre de textes détournés de leur intention initiale. Car pour Adeline Hazan, cela ne fait aucun doute : cet éloignement n'a qu'un seul but. Non pas d'organiser le retour des migrants dans leur pays d'origine mais tout simplement de "désengorger Calais" , comme elle l'indique dans ses recommandations :

La procédure utilisée par les pouvoirs publics depuis le 21 octobre 2015, instaurant des déplacements collectifs sur l'ensemble du territoire national, prive les personnes concernées de l'accès à leurs droits et est mise en oeuvre dans des conditions matérielles portant atteinte à leur dignité. (...) Il est donc établi que depuis le 21 octobre 2015, le placement en rétention administrative est utilisé non pas aux fins d'organiser le retour dans les pays d'origine mais dansle seul objectif de déplacer plusieurs centaines de personnes interpellées à Calais et de les répartir sur l'ensemble du territoire français, et ce dans le but de "désengorger" Calais.

Il s'agit là d'une utilisation détournée de la procédure qui entraîne des atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes ainsi privées de liberté.

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