Sept strasbourgeois partis faire le djihad en Syrie en décembre 2013 devant le tribunal correctionnel de Paris
Sept strasbourgeois partis faire le djihad en Syrie en décembre 2013 devant le tribunal correctionnel de Paris © MaxPPP / Dabiq/Zuma Press

Le tribunal correctionnel de Paris juge à partir d'aujourd'hui sept strasbourgeois partis faire le djihad en Syrie en décembre 2013. Seul Foued Mohamed-Aggad, fraichement radicalisé, avait choisi de rester. A un proche, il écrivait : "si je rentre en France, c'est pas pour aller en prison. C'est pour tout exploser".

Ils sont partis à onze en décembre 2013, par petits groupes pour ne pas attirer l'attention. L'un d'eux fera demi-tour dès l'aéroport de Francfort, rattrapé par son frère. Karim Mohamed-Aggad était en contact depuis un an avec Mourad Fares, l'un des principaux recruteurs de djihadistes français . Son petit frère, Foued, se serait joint au projet au dernier moment.

Choisir entre le combat et les attentats-suicide

Près d'Alep, les Français se voient confisquer leurs passeports. Avec plus d'une centaine de nouveaux arrivants, ils suivent deux semaines d'entrainement, alternant sport, prières, et maniement des armes . Puis le groupe Etat islamique leur demande de prêter allégeance, dans un arabe que la plupart ne comprennent pas. Il fallait choisir entre combattre et faire des attentats-suicide racontera Karim, "On a choisi le combat".

Les combats, ils font rage, mais pas seulement contre l'armée syrienne découvrent les Français, tout autant entre ses différents opposants, et entre djihadistes. Leur recruteur Mourad Fares est d'ailleurs en rupture de ban, et les Strasbourgeois deviennent suspects. L'un d'eux affirme même avoir été séquestré et maltraité . Pas crédible estime l'accusation. En revanche, deux frères du petit groupe meurent rapidement dans une embuscade. Les autres vont vouloir partir au bout de deux à cinq mois, au moins pour rendre visite à leurs familles qui les supplient de rentrer.

"On mange, on s'entraîne, on combat les kouffars"

Seul Foued, 20 ans, et fraichement radicalisé, se trouve très bien en Syrie. Il poste sur Facebook une photo tout sourire en tenue de djihadiste dans le désert. "On mange, on s'entraîne, on combat les kouffars" raconte-t-il à son père. De toute façon, écrit-il dès le mois de mars à une proche, "si je rentre en France, c'est pas pour aller en prison. C'est pour tout exploser ". Il va vite convaincre une jeune Française de venir le rejoindre pour l'épouser. Elle annoncera sa mort à sa mère par un SMS: "ton fils est mort en martyr avec ses frères le 13 novembre ", ce qui permettra de l'identifier comme le troisième tueur du Bataclan.

En mai 2014, Foued Mohamed-Aggad annonce à son frère qu'il est devenu émir de son groupe, et lui demande de lui procurer de l'argent, quitte à braquer des mécréants. Mais son frère et ses amis rentrés à Strasbourg sont interpellés peu après. On voulait faire de l'humanitaire assurent certains, sans convaincre. Il s'agissait bien de "faire le djihad armé " assène Mourad Fares, qui a fui la Syrie à l'été 2014, et s'est remis aux autorités. En prison, Karim Mohamed-Aggad est placé sur écoutes (c'est "un hôtel 5 étoiles ", pas "Guantanamo " lance-t-il à sa mère). Il ne renie rien de ses convictions radicales, mais n'approuverait pas les exactions du groupe Etat islamique. Le tribunal ne manquera pas de l'interroger sur les attentats de Paris. Lui et les membres de la filière de Strasbourg risquent jusqu'à 10 ans de prison .

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Parcours djihadistes © Visactu

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