On pensait tout savoir de l’affaire Outreau. Les deux procès – à Saint-Omer et Paris – la commission parlementaire, l’hypermédiatisation ont montré l’horreur de ces enfants violés et maltraités pendant des années, de ces hommes et femmes qui ont subi des années de détention provisoire avant d’être innocentés. On pensait avoir entendu tous les détails, jusqu’aux plus sordides.

Et pourtant. Ce troisième procès Outreau, où comparaît cette fois le seul Daniel Legrand, rejugé pour les mêmes faits, à l’époque où il était mineur, révèle encore des surprises.

La semaine dernière, on a ainsi entendu le commandant de police Jean-Yves Boulard. C’est lui qui a été chargé de l’interpellation de Daniel Legrand père et fils puis de mener les interrogatoires pendant leurs deux jours de garde à vue. A la barre, entendu pour la première fois dans ce dossier, il raconte : « la première journée de garde à vue, on a fait ce qu’on avait à faire. On n’était pas là pour avoir des états d’âme, on a posé des questions. En face, on avait des gens qui avaient l’air complètement perdus et complètement éberlués.

J’ai fini par reprendre le dossier et pointer tout ce à quoi je pouvais me raccrocher mais j’avais rien. »

Témoignage rare devant une cour d’assises. Venant d’un policier d’autant plus.

Jean-Yves Boulard poursuit : « le souvenir que j’ai de Daniel Legrand fils c’est qu’il était choqué par les questions que je lui posais, il disait qu’il était vierge, il ne pensait qu’à sortir pour aller jouer au football. Sur la route, je lui ai expliqué comment ça allait se passer en prison. Il m’a dit « sortez-moi de là ». Mais je savais très bien que la porte de la prison allait se refermer et je ne pourrais rien faire pour lui. »

Dans l’émotion, la voix de l’enquêteur s’étrangle. Décidément, on n’avait pas tout vu dans cette affaire.

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