Deux ans après la mort du militant écologiste, tué par une grenade tirée par un gendarme, son père s'inquiète d'un non-lieu général et dépose deux nouvelles plaintes.

Hommage à Rémi Fraisse, un an après sa mort
Hommage à Rémi Fraisse, un an après sa mort © Maxppp / Emilie Cayre

L'enquête judiciaire est close... et l'affaire Rémi Fraisse le sera peut-être bientôt aussi. Jusqu'ici, il n'y a en effet aucune poursuite judiciaire contre qui que ce soit (seul le gendarme à l'origine du tir a été placé sous le statut de témoin assisté), et le père du jeune homme craint que cela soit le point final de l'affaire côté judiciaire. "Il y a un risque de non-lieu important", estime Jean-Pierre Fraisse.

C'est hallucinant de voir des choses comme ça. Il n'y a pas eu de reconstitution, toutes les demandes de pièces ou d'enquête complémentaires faites par nos avocats ont été refusées. [...] On sait déjà que toute la ligne hiérarchique n'aura rien.

Une impression que partage l'avocat du gendarme qui aurait tiré la grenade mortelle. "L'issue inéluctable du dossier est un non-lieu", assure Me Jean Tamalet. "La conclusion aujourd'hui est la même que lors de son audition : c'est un abominable accident, mais un accident."

Deux plaintes pour relancer le dossier

Avec ses avocats, le père de la victime a donc décidé d'ouvrir deux nouveaux fronts judiciaires pour tenter de "relancer l'enquête" ou au moins de retarder le plus possible une issue sans réponse. On ne sait en effet toujours pas vraiment comment une simple opération de maintien de l'ordre a pu aboutir à un mort. Et la seule conséquence (mais non négligeable) a été jusqu'ici l'interdiction, par Bernard Cazeneuve, de l'utilisation de grenades offensives telles que celle qui a tué Rémi Fraisse... Seules coupables désignées jusqu'ici dans l'affaire.

Jean-Pierre Fraisse a déposé deux plaintes. L'une à Toulouse : elle vise Thierry Gentilhomme, préfet du Tarn à l'époque des faits, et son directeur de cabinet Yves Mathis, pour "homicide involontaire". Mais aussi le gendarme responsable de l'enquête sur la mort du militant, pour "subornation de témoins". Une démarche logique puisqu'ils contestent justement la version obtenue lors de cette enquête.

► ALLER PLUS LOIN | En 2014, la version officielle avait déjà été largement malmenée

Dans cette même optique, la deuxième plainte est peut-être la plus intéressante. Elle vise cette fois trois gendarmes (dont l'auteur du tir) pour "faux témoignages", estimant que les militaires se sont mutuellement "couverts". Jean-Pierre Fraisse dénonce une "proximité entre les gendarmes et les justices", d'où la "délocalisation" de cette plainte, déposée à Paris et pas à Toulouse.

L'enquête est close depuis le 11 janvier, mais le parquet a trois mois pour rendre son réquisitoire définitif. En plus de ces deux plaintes, les parties peuvent encore déposer des demandes de complément d'enquête, ce qu'a fait le père de Rémi Fraisse (qui demande notamment à ce qu'on entende l'ancien préfet, accusé de négligence). Il faudra ensuite un mois supplémentaire pour avoir l'ordonnance des juges d'instruction toulousains.

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