L’islamologue est visé par une nouvelle plainte en France, déposée pour viol en réunion. Déjà doublement mis en examen, Tariq Ramadan avait été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire en novembre dernier. Il évoque des relations sexuelles "'consenties".

Une nouvelle plainte, cette fois pour "viol en réunion", a été déposée contre Tariq Ramadan le 31 mai.
Une nouvelle plainte, cette fois pour "viol en réunion", a été déposée contre Tariq Ramadan le 31 mai. © Maxppp / Thibaud Moritz

L'horizon judiciaire de Tariq Ramadan s'est de nouveau assombri : une sixième femme a rejoint ces dernières semaines le camp de ses accusatrices. Comme l'ont révélé le JDD et Europe 1, une plainte pour viol en réunion a été déposée fin mai contre l'intellectuel musulman. C'est désormais aux juges d'instruction de se prononcer sur les suites à lui donner. Remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire au mois de novembre après dix mois de détention provisoire, Tariq Ramadan a déjà été deux fois mis en examen, et placé sous le statut de témoin assisté concernant une autre plainte.

Une plainte déposée en mai pour "viol en réunion"

Dans une plainte datée du 31 mai 2019, une femme présentée par Europe 1 et le JDD comme une ex-journaliste radio âgée d’une cinquantaine d’années, explique avoir été contactée par Tariq Ramadan en 2013, via Facebook, sous le prétexte d’amis communs. Au fil d’échanges SMS, elle accepte un rendez-vous pour une interview avec le théologien. 

Lors de la rencontre, le 23 mai 2014, à l’hôtel Sofitel de Lyon, Tariq Ramadan propose à la journaliste de faire l’interview dans sa suite, soulignant "qu’une personne de son staff" serait présente. La suite est "d'une violence inouïe" selon la plaignante, qui affirme avoir été violée à plusieurs reprises par les deux hommes. Elle déclare, avant de partir, avoir menacé Tariq Ramadan de porter plainte. "Tu ne sais pas à quel point je suis puissant", lui aurait-il répondu.

En janvier 2019, soit cinq ans plus tard, et alors que l’islamologue était sorti de prison depuis quelques semaines, il aurait contacté la plaignante en évoquant une proposition d’ordre professionnel. Le lendemain, elle affirme avoir reçu la visite de deux hommes dans le village du Var où elle réside.  

Le 26 juillet, le parquet de Paris a élargi l’enquête confiée à trois juges d’instruction en délivrant un réquisitoire supplétif pour "viols en réunion et menaces ou actes d’intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou se rétracter".

Une double mise en examen

L’intellectuel de 57 ans est poursuivi depuis février 2018 pour deux viols, dont l’un sur personne vulnérable. La première à l’accuser est Henda Ayari, ancienne salafiste devenue militante laïque. Elle porte plainte fin 2017, dans le sillage de l’affaire Weinstein. Depuis, son récit a toutefois été fragilisé par des incohérences : après avoir d'abord situé les faits fin mars-début avril 2012 à l’hôtel Holiday Inn de la gare de l’Est, à Paris, elle affirme finalement avoir été violée dans un autre hôtel parisien, le Crown Plaza, place de la République. 

Sa plainte incite néanmoins une deuxième femme à lui emboîter le pas. "Christelle" - nom sous lequel elle est présentée dans la presse - accuse Tariq Ramadan de l’avoir violée le 9 octobre 2009 dans un hôtel de luxe lyonnais après neuf mois d’échanges sur les réseaux sociaux. Sa plainte décrit une première rencontre qui vire au cauchemar : viol, coups, humiliations. "À l’époque, je n’étais pas capable de porter plainte, physiquement et psychologiquement", déclare Christelle au micro de France Inter. Elle évoque des menaces, formulées à son encontre et celle de sa famille.

Dans son téléphone, les experts judiciaires ont exhumé plusieurs centaines de textos datés de 2009. Le lendemain de leur rencontre, Tariq Ramadan lui écrit ainsi : "J'ai senti ta gêne... désolé pour ma 'violence'. J'ai aimé. Tu veux encore ? Pas déçue ?" 

Après un an de dénégations, l’islamologue a fini par reconnaître, avec les deux femmes, des relations "consenties". 

Trois autres plaintes, dont l'une aux États-Unis

En mars 2018, une autre femme porte plainte à son tour. Il s'agit d'une ancienne escort-girl, Mounia Rabbouj, dont le nom apparaît dans l’affaire du Carlton. Elle accuse Tariq Ramadan de l’avoir violée à neuf reprises, entre 2013 et 2014. Mais dans un entretien accordé en avril dernier au magazine GQ, elle explique n’avoir jamais voulu porter plainte pour viol, et se dit prête à pardonner Tariq Ramadan s’il s’excuse pour "les violences" qu’il lui aurait fait subir. 

Dans cette affaire, Tariq Ramadan n’a à ce jour pas été mis en examen, mais placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

La justice suisse a également été saisie par une femme qui accuse Tariq Ramadan de "séquestration, contrainte sexuelle et viol avec la circonstance aggravante de la cruauté". Un procureur helvète devrait entendre l'islamologue à l'automne en vue d'une éventuelle inculpation. 

Enfin, d’après "Libération", une autre plainte aurait été déposée aux États-Unis par une américaine résidant au Koweit. Les faits décrits remonteraient à août 2013.

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