C’est un fait, aux assises, le président, c’est le boss. Il mène les débats, interroge l’accusé et les témoins, distribue la parole aux avocats. Mais peut-il faire le procès d’un homme qui n’est pas dans le box? Depuis ce matin, Henri Leclaire comparaît devant Gabriel Steffanus. Il est cité comme témoin, en tant que premier homme à avoir avoué le meurtre des enfants en 1986. Il s’est ensuite rétracté.

Accusé plusieurs fois par Heaulme d’être le meurtrier, il a bénéficié l’an dernier d’un non-lieu. Mais de nouveaux éléments le pointent du doigt. Deux témoins de dernière minute, un cheminot à la retraite qui dit avoir vu Henri Leclaire le long des voies ferrées le jour du meurtre, et une femme, à qui Leclaire aurait confié avoir agressé les enfants. En vertu de son pouvoir discrétionnaire, le président a fait citer ces deux nouveaux témoins.

Voilà ce qu’en dit l’article 310 du Code de procédure pénale : « Le président est investi d’un pouvoir discrétionnaire en vertu duquel il peut, en son honneur et en sa conscience, prendre toutes les mesures qu’il croit utiles pour découvrir la vérité. (…) Il peut entendre toute personne utile à la manifestation de la vérité. Les témoins ainsi appelés ne prêtent pas serment et leurs déclarations ne sont considérées que comme des renseignements ». On le voit, le texte ratisse large. Interroger Henri Leclaire sur sa personnalité, le confronter aux témoins, tenter de le faire avouer à la barre : rien n’empêche le président de le faire, si tout cela concourt « à la manifestation de la vérité ».

Cela pose tout de même question au regard des droits de la défense. Cité comme simple témoin, Henri Leclaire ne bénéficie pas de l’assistance de son avocat, réduit au silence. Situation vivement dénoncée par l’avocate de Francis Heaulme, Me Liliane Glock. « Tout accusé, comme il l’est, a droit a un avocat. Ce procès est illégal ! » L’avocate fait référence à l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui garantit le droit à un procès équitable. Des normes supérieures à la loi française.

Merci à @Octaveparis

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.