Le fils du président de Guinée équatoriale Teodorin Obiang est accusé de s'être frauduleusement bâti un patrimoine considérable en France.

En février 2012, perquisition et saisie dans l'appartement du fils du président de Guinée Equatoriale avenue Foch à Paris
En février 2012, perquisition et saisie dans l'appartement du fils du président de Guinée Equatoriale avenue Foch à Paris © Maxppp / PhotoPQR/Le Parisien

Téodorin Obiang, également ministre et vice-président de Guinée Equatoriale, est poursuivi pour blanchiment d'abus de biens sociaux, blanchiment de détournement de fonds publics, blanchiment d'abus de confiance et de corruption. Son procès s'ouvre ce lundi après-midi à Paris, mais Téodorin Obiang a fait savoir qu'il demandait un report. Selon l'un des avocats du prévenu, il souhaite "bénéficier du temps raisonnable pour pouvoir organiser effectivement sa défense".

L'homme, âgé de 47 ans, s'est constitué en France, entre 97 et 2011, un patrimoine considérable, de plusieurs dizaines de millions d'euros dont un hôtel particulier de 4.000 mètres carrés avenue Foch. Une perquisition des lieux, fin 2011, avait permis de saisir 18 voitures de luxe. Pour la justice française, ces biens ont été achetés avec de l'argent détourné des fonds publics, ou issu de la corruption. En Guinée équatoriale, petit pays pétrolier d'Afrique centrale, plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Ce sont des associations de lutte contre la corruption qui sont à l'origine de ce procès, le premier du genre donc, après des années de procédure.

Le patrimoine de Téodorin Obiang en France a de quoi donner le vertige

Son hôtel particulier avenue Foch compte 100 pièces sur cinq niveaux avec ascenseur intérieur, hammam, discothèque, robinets recouverts de feuilles d'or. L'ensemble, saisi par la justice, est estimé à plus de 150 millions d'euros, sans oublier les 18 voitures de luxe. Des achats somptuaires financés, selon les juges, par de la corruption et des détournements de fonds publics en Guinée équatoriale. Ce que réfute l'avocat de Téodorin Obiang, Emmanuel Marsigny : "Il n’y a aucune difficulté pour justifier des fonds qu’il a utilisés. Je rappelle qu’en Guinée équatoriale il a gagné son argent parfaitement légalement. Il a un certain nombre de sociétés qui travaillent dans le secteur privé, parfois avec l’Etat, et tout ceci est parfaitement conforme".

Dès l'ouverture des débats cet après-midi, l'avocat de Téodorin Obiang demandera le renvoi. Maître Emmanuel Marsigny estime que la France n'a pas le droit de juger son client : "Le procès repose sur une analyse juridique qui consiste à prétendre que la France serait compétente pour caractériser des infractions qui auraient été commises à l’étranger, en appliquant non pas le droit local, mais le droit français, ce qui constitue une véritable ingérence dans les affaires d’un état étranger. Aucun traité international, aucune convention, ni même la loi française ne permet cela. C’est en fait une affaire politique."

Téodorin Obiang ne sera donc très certainement pas devant le tribunal. Pour William Bourdon, avocat de l'ONG Transparency, ce n'est pas l'essentiel : "Moi ça m’est égal qu’il soit là ou pas, l’important est que le procès ait lieu, compte tenu de sa dimension historique, symbolique, pédagogique extrêmement forte. Les procédures dites des biens mal acquis sont devenues des espèces de marqueurs judiciaires et je crois qu’on n’en est qu’à un prologue".

Les enquêtes sont toujours en cours sur les patrimoines français des familles Bongo et Sassou N'gesso.

Le procès de Téodorin Obiang est prévu jusqu'au 12 janvier.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.