Le souvenir de ce long procès, qui s'est tenu du 11 au 25 juin 2014 devant la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, c'est celui d'un deux en un.

Un premier procès, celui de l'accusé. Flottant dans son costume un peu grand, Nicolas Bonnemaison était apparu comme un homme fragile, un médecin visiblement dépassé par une volonté presque sacrificielle de prendre sur ses épaules toute la douleur du monde. Au point de décider, seul, d'arrêter les souffrances de plusieurs malades en fin de vie, sans en informer les familles, ni les équipes soignantes à ses côtés. Un homme animé sans doutes de bonnes intentions, soutenu d'ailleurs par les familles de plusieurs victimes, soulignant sa bienveillance et son humanité.

Mais un homme que l'on avait vu vaciller, aussi, face aux larmes et à la colère d'un fils, qui lui reprochait de l'avoir privé des derniers instants de sa mère.

Et puis il y a eu le deuxième procès, celui de la fin de vie. Celui-là se passait en partie dans la salle d'audience. Avec un défilé d'anciens élus et ministres, dont Bernard Kouchner, de médecins cités par la défense, partisans de l'euthanasie, ou du suicide assisté. Tous venaient soutenir le Docteur Bonnemaison, en racontant leurs propres confrontations, souvent douloureuses, avec la fin de vie. Le débat fut souvent passionnant, parfois émouvant aux larmes. On a parlé du manque d'accès aux soins palliatifs en France, de la mauvaise prise en charge de la douleur, des limites de la loi Léonetti, qui autorise la sédation profonde pour apaiser les souffrances, sans donner explicitement aux médecins le droit d'abréger la vie. Ce procès-là se poursuivait aussi hors de la salle d'assises, avec les interventions souvent bruyantes des membres du comité de soutien à Nicolas Bonnemaison.

A l'arrivée, reste le sentiment que ce deuxième procès a balayé le premier. Le débat de société a tout emporté, avec un acquittement décidé sans doute au nom de la compassion, de la souffrance, et de notre peur à tous face à la mort. Mais qui n'avait, finalement, pas grand-chose à voir avec l'histoire de cet homme-là, de ce médecin, et de ces sept patients-là, à l'hôpital de Bayonne, entre mars 2010 et juillet 2011. Un procès qui reste à refaire.

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