Le procès des attentats de janvier 2015 ne reprendra pas lundi, comme cela aurait dû être le cas. Le président de la cour a annoncé aux avocats samedi soir tard, qu’il allait être suspendu jusqu’à mercredi matin, au moins. Car l'un des accusés Ali Riza Polat a contracté la Covid-19.

Le président Régis de Jorna lors du procès des attentats de janvier 2015
Le président Régis de Jorna lors du procès des attentats de janvier 2015 © Radio France / Matthieu Boucheron

Ali Riza Polat, le principal accusé du procès des attentats de janvier 2015 avait commencé la semaine en fanfare. Le verbe haut, fleuri, avec un niveau de décibels ultra élevé, un débit de paroles imbattable à ce procès. Pendant deux jours, lors de son interrogatoire, il avait beaucoup fanfaronné, face au président et aux avocats. Le voilà malade, atteint par le coronavirus, sans doute depuis mercredi au moins, même si les médecins n'en ont eu confirmation que samedi soir tard.

Le principal accusé testé positif au Covid-19

C’est le président Régis de Jorna qui l'a annoncé aux avocats dans un courriel envoyé dans la soirée de samedi. Un message dans lequel il écrit qu'il vient d'être porté à sa connaissance que "l'accusé Ali Riza Polat avait été testé positif au Covid-19". Le président de la cour souligne que "les symptômes de ce dernier étant apparus à compter de mercredi" 28 octobre, "l'audience sera suspendue en l'état jusqu'au mardi 3 novembre inclus, au regard des prescriptions sanitaires nécessitant une période d'isolement de sept jours". Le président précise qu'il va faire tester l'ensemble des accusés détenus. Il y a à ce procès onze accusés présents, dix détenus et l'un sous contrôle judiciaire, assis sur un strapontin.

Dans le même box qu'Ali Riza Polat, ils sont cinq au total : à côté d'Ali Riza Polat, Amar Ramdani puis Saïd Makhlouf, Mohamed-Amine Fares et Nezar Mickaël Pastor Alwatik. Les cinq autres accusés détenus sont dans le box d'en face, à une distance de plusieurs mètres, et derrière la vitre de leur box, mais tous ces accusés se retrouvent dans la même petite salle, lors des pauses, des suspensions, et cheminent à plusieurs dans les mêmes fourgons avec leurs escortes, le matin et le soir, entre leur prison et le tribunal judiciaire de Paris. Ali Riza Polat a-t-il pu contaminer d'autres accusés malgré les masques que chacun porte ? A-t-il pu contaminer également des avocats situés juste devant son box ? Sa principale avocate, Me Isabelle Coutant-Peyre lui a très souvent chuchoté à l'oreille depuis le début du procès.

Tombé malade juste après son interrogatoire 

Cette semaine, Ali Riza Polat a énormément parlé car c'était son interrogatoire pendant deux jours. Deux jours, tellement la cour avait de questions à poser à cet accusé considéré comme "le bras droit" d’Amedy Coulibaly, le terroriste de Montrouge et de l'Hyper Cacher. Lundi et mardi, Polat s’est défendu avec une verve impressionnante, et une grande maîtrise de son dossier, procès verbaux en main. Il a parlé presque sans discontinuer, et si fort que son voisin de box a fini par mettre des bouchons de papier dans ses oreilles. Puis mercredi, subitement, il s'est senti mal, a été pris de vomissements à la pause déjeuner, et le procès avait été suspendu jusqu'au lendemain. Renvoyé dans sa prison, Polat avait vu un médecin, un premier test Covid express avait été réalisé, qui semblait négatif, et le procès avait repris jeudi. Mais jeudi, Ali Riza Polat n’avait pas toujours pas l’air en forme, avec un teint gris qu'on ne lui connaissait pas depuis deux mois. Vendredi, il grelottait. C'était un autre Polat, sans comparaison avec l'impulsif tchatcheur que l'on voyait depuis deux mois, prompt à proférer des insultes, et même des menaces contre une policière. La mauvaise mine de Polat depuis mercredi, était donc due au coronavirus.

Le procès est suspendu au moins jusqu'à mercredi, jour où aurait dû commencer le réquisitoire à deux voix. Mais tout sera décalé car il reste des dizaines de plaidoiries de parties civiles. Lundi, ce sont les avocates de plusieurs victimes de Charlie Hebdo qui auraient dû plaider, ainsi que Me Richard Malka, l'avocat historique du journal satirique.