Les avocats généraux du procès Bonnemaison par Matthieu Boucheron
Les avocats généraux du procès Bonnemaison par Matthieu Boucheron © Esba TALM - Angers

Le procès de l’erreur. C’est en ces termes que Nicolas Bonnemaison a défini sa ligne de défense vendredi dernier, au terme de la cinquième, journée d’audience, en répondant aux questions d’Yves, le fils d’André, décédé dans le service de l’urgentiste, après que ce dernier avait procédé à deux injections d’hypnovel, un puissant sédatif, alors qu’Yves avait quitté la chambre pendant quelques minutes, et sans en avoir parlé avec lui. «Ca m’a choqué » a indiqué Yves au cours de son audition, « on ne m’a pas dit comment il était mort ». Puis il questionne le docteur : « Pourquoi avoir attendu qu’on tourne les talons pour faire ces injections ? S’il y avait urgence, pourquoi ne pas m’en avoir parlé ? Pourquoi ne pas avoir fait noter les injections sur la feuille de soins ? Je désirais rester avec mon père jusqu’au dernier moment, on m’a privé de mes droits, c’est difficile à comprendre ». Quelques minutes plus tard donc, le Docteur Bonnemaison lui a répondu qu’il était « très malheureux de cette situation. Je reconnais que je peux avoir ma part de responsabilité » poursuit l’accusé, « j’ai conscience que ça peut compliquer votre deuil et j’en suis désolé, sincèrement. Votre père avait un coma profond avec un arrêt des thérapeutiques actives, donc la question se posait de la mise en place d’une sédation. » Et s’il n’a rien noté sur la feuille de soins, c’est parce qu’il voulait « assumer une décision de cette nature sans impliquer le personnel médical. Monsieur Geffroy » conclut Nicolas Bonnemaison, « je veux que vous soyez sûr que notre attitude n’a pas été de nous débarrasser de votre père. Je ne suis pas un médecin parfait, j’ai fait des erreurs ».

Erreurs ou crimes ?

Tout au long de la première semaine de débats, d’éminents spécialistes du traitement de la fin de vie sont venus débattre des protocoles. Certains ont clairement affirmé qu’ils auraient pu procéder comme le docteur Bonnemaison, d’autres ont avancé qu’ils n’auraient peut-être pas suivi le même protocole, mais aucun ne s’est avancé à qualifier les actes de l’accusé de criminels. Sur la question de l’information aux familles, la très grande majorité des urgentistes reconnaissent que l’avis des proches doit être demandé au moment de l’arrêt des thérapeutiques. Mais que la décision de la sédation profonde doit revenir au médecin. Quitte à ce que, dans l’urgence ou dans la solitude de son exercice au moment de prendre cette responsabilité, il ne puisse consulter l’avis d’autres collègues. Sur la question de remplir (ou de faire remplir) scrupuleusement la feuille de soins du patient, presque tous les spécialistes ont admis qu’on ne pouvait s’en dispenser, mais certains ont laissé entendre qu’ils leur étaient arrivé de passer outre dans certains cas. Aucun donc n’a estimé qu’en procédant de la sorte, à plusieurs reprises (l’accusé comparait pour sept décès suspects), il y avait là, sinon des fautes, une véritable volonté de donner la mort du docteur Bonnemaison. Il reste une semaine de débats pour que les jurés et la cour déterminent si l’incrimination criminelle d’homicide volontaire colle à la réalité des « erreurs » qu’a commises Nicolas Bonnemaison.

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Les avocats de la défense par Maxime Delalande
Les avocats de la défense par Maxime Delalande © Esba TALM - Angers
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